Nous avouons, tout est de notre faute!

février 11, 2009

Oui, c’est vrai.

Comment est-il possible que nous, enseignants-chercheurs et chercheurs, nous ayons le temps d’alimenter un blog et en plus, d’essayer d’animer des cafés débats?!
Nous ne travaillons pas, c’est pour cela! D’ailleurs, tout le monde aura constaté à quel point ce blog est actif …

Bref, je parle en mon nom, mais je pense que mes collègues des cafés éco s’associeront à moi, pour signaler notre soutien au mouvement actuel des milieux universitaires, de la recherche et de l’enseignement.

Je mentionne à ce titre cet excellent texte de Pierre Jourde accessible ici , dont je me permets de reprendre le dernier paragraphe, tant il illustre précisément ce qui anime aujourd’hui le monde de la recherche :

Personnellement, j’aurais une suggestion à l’adresse de Mme Pécresse, de M. Sarkozy et accessoirement des journalistes qui parlent si légèrement de la recherche. Et si on fichait la paix à Mme B? Elle a énormément travaillé, et elle travaille encore. Elle forme des instituteurs, des professeurs, des journalistes, des fonctionnaires. Son travail de recherche permet de mieux comprendre l’évolution de la société française. Elle assure une certaine continuité intellectuelle et culturelle dans ce pays. Elle a été sans cesse évaluée. Elle gagne un salaire qui n’a aucun rapport avec ses hautes qualifications. Elle travaille dans des lieux sordides. Quand elle va faire une conférence, on met six mois à lui rembourser 100 euros de train. Et elle doit en outre subir les insultes du président de la république et le mépris d’une certaine presse. En bien, ça suffit. Voilà pourquoi les enseignants-chercheurs manifestent aujourd’hui.

Voila qui est dit. A bon entendeur (bien que je doute qu’ils en soient), salut!


Les 360 milliards du gouvernement

octobre 28, 2008

Il est nécessaire de faire une mise au point quant aux fameux 360 milliards d’euros annoncés par le gouvernement afin de faire face à la crise.

On entend trop régulièrement la formule devenue presque classique consistant à dire que le gouvernement trouve sans problème cette somme plus que rondelette pour les banques et rien pour les employés, le pouvoir d’achat, etc …

Le but de ce post n’est pas de défendre le gouvernement face à cela, ni de nier que les citoyens du monde entier auraient bien besoin d’un coup de pouce. Il s’agit simplement de souligner que ces milliards n’ont pas d’existence réelle, contrairement à l’argent qui serait nécessaire pour venir en aide aux nombreuses victimes de la crise.

Je m’explique. Cet argent est une garantie apportée par le gouvernement pouvant aller jusqu’à 320 milliards d’euros, plus une possible recapitalisation de 40 milliards, si nécessaire. Le but ici n’est pas de dépenser tout cet argent, mais de rassurer les investisseurs, de relancer le crédit inter-bancaire.

Comme expliqué dans un précédent post, le crédit inter-bancaire est atone car les banques ne se font plus confiance. En garantissant ces prêts, l’idée est de permettre aux bonnes créances de reprendre cours. Cet argent ne sera dépensé qu’en cas de défaut de paiement d’une banque. Pour faire simple, cela fonctionne comme un garant pour louer un appartement. Si le locataire fait défaut, alors le propriétaire peut se retourner vers le garant et lui réclamer cette somme. Au même titre que ce mécanisme permet à certaines personnes, comme les étudiants, ayant peu de moyens de trouver des logements, la garantie du gouvernement souhaite jouer ce rôle.

Il est donc faux de comparer cette somme à ce qui pourrait éventuellement permettre d’aider les victimes de la crise, car dans ce dernier cas, l’argent ne serait pas une simple garantie.

On peut néanmoins se poser quelques questions. Le but avoué de restaurer la confiance entre les banques est en réalité, dans cette logique, une étape nécessaire pour relancer le crédit auprès des investisseurs et des particuliers. Mais nous ne sommes pas certains que c’est cet usage qui sera fait des crédits débloqués entre les banques.

En outre, les 600 millions d’euros perdus par la caisse d’épargne laissent entrevoir le risque d’aléa moral. Alors que le but est de permettre aux "bons projets" d’être financés, la garantie de l’état inciterait à des prises de risque inconsidérées de la part des banques, car elles sont certaines qu’en cas de pépins, l’état paiera leurs créances et injectera dans leur capital si la situation est trop difficile. Cela renforce le risque de voir cette garantie utilisée à mauvais escient.

Ainsi, la rhétorique sur le mauvais emploi de cet argent est clairement démagogique et ne permet pas de se poser les bonnes questions à ce sujet.


Bravo Paulo!

octobre 13, 2008

Il fallait le dire. Alors que nombre de personnes "autorisées" avaient annoncé que Paul Krugman s’était trop impliqué politiquement pour qu’il puisse un jour obtenir le prix Nobel d’économie, il l’a fait et nous en sommes ravis! Il est important de récompenser un économiste du talent de Krugman, justement parce qu’il s’engage. Les économistes qui découvrent des résultats et passent à autre chose n’aident pas. En mettant sa science (économique) au service du public et de la politique, aussi engagée soit-elle, Paul Krugman rend service aux sciences économiques et montre la voie vers une matière moderne, moins déconnectée de la réalité.

De surcroît, outre ses travaux en économie internationale et en économie géographique pour lesquels il est récompensé, Krugman est également à l’origine de deux des trois théories sur les crises, celles de première et de troisième générations. En cette période de crise, il est très à propos de remettre ce prix à Paulo.


C’est la crise …

octobre 12, 2008

Cela aurait semblé surprenant de ne pas trouver une contribution traitant du sujet de la crise économique et (surtout) financière sur un blog dénommé "les cafés économiques". Il faut toutefois noter que la crise en est à ces débuts, à l’échelle de la recherche académique. Ainsi, malgré le grand nombre de contributions dans les médias, sur telos, vox, sur internet de façon plus générale, la plupart ne permettent pas de se faire une idée précise de la mécanique de la crise. Néanmoins, les éléments à l’origine de la crise semblent aujourd’hui acquis, des doutes subsistent sur d’autres points…

Tout d’abord, le commencement. La fameuse crise des "subprimes" en Août 2007, que l’on retrouve sous des noms aussi séduisants que actifs toxiques, de créances pourries, etc… En deux mots, les "subprimes" sont ces titres de créances accordés auprès de ménages américains qui n’avaient pas une situation financière enviable. L’idée derrière était d’utiliser la maison achetée comme collatéral, puisque celle-ci prenait de la valeur grâce à l’expansion du marché immobilier, de sa bulle, ainsi même un ménage à faibles revenus devenait solvable avec cette pratique. Mais voilà, le marché de l’immobilier s’est mis à ralentir, à l’image de la croissance dans les économies développées. Petit à petit, les ménages sont devenus insolvables, dans les faits cette fois-ci, car ils ne pouvaient plus rembourser.

Dans le même temps, les banques et autres organismes financiers à l’origine de cette pratique ont tout de même pris conscience de la faible qualité des actifs ainsi créés. Dès lors, l’idée fut de mixer ces créances pourries avec un ensemble d’actifs de bien meilleure qualité dans des produits financiers complexes vendus sur le marché. Ceux qui se portaient acquéreur de ces actifs ne se doutaient pas de leur contenu puisque en période de croissance, les actifs complexes affichaient de bonnes performances. Mais sans les remboursements des particuliers, une partie du rendement de l’actif disparaissait de façon soudaine, et là c’est l’engrenage.

Tous les organismes les uns après les autres découvrent la présence d’actifs toxiques dans leurs comptes. Impossible de s’en débarrasser, tout le monde est au courant, la valeur de ceux-ci tombe alors encore plus lourdement. Nous arrivons à l’été suivant, son lot de dépôts de bilan et de mouvements de panique. Un premier point à soulever est le suivant: que s’est-il passé pendant cette année pour que d’un coup d’un seul, nous découvrions toutes ces organismes financiers dans la tourmente? Des choses ont-elles été tentées pendant cette année ou avons-nous fait l’autruche? Est-ce que le délai d’un an n’est pas dû au temps qu’ont mis les organismes à l’origine des subprimes à revendre leurs actifs à la terre entière, sans que personne ne se soucie de l’arrivée surprenante sur les marchés d’un grand nombre de ces actifs dont on ignore le contenu exact.

Une première responsabilité semble ici émerger. Alors que les transactions opérées sont certes absolument légales, le fait d’avoir noyé ces créances pourries dans les actifs toxiques est une action dont le but était avant tout de ne pas dire aux acquéreurs de ces actifs ce qu’ils avaient réellement acheté. Il semble tout de même que cette action qui vise à nuire aux acheteurs potentiels devraient pouvoir être punie. Au même titre que la volonté de dissimuler le défaut d’un bien lors d’une vente est punissable et sanctionné.

Ensuite, vient la question de la mécanique. Une fois les établissements financiers dans la tourmente, quelles sont les parts de responsabilité, non pas juridique cette fois mais factuelle. La question de la transmission à la sphère réelle est importante, tout comme la qualité des plans de sauvetage, tout comme l’intérêt de ce plan, en particulier au regard du partage de la facture qui va sûrement être lourde.

Le partage

Le plan Paulson prévoit le rachat des actifs toxiques de façon à assainir le bilan des organismes financiers. Pour faire simple, l’Etat achète un ensemble d’actifs dont personne n’a idée de la valeur, si ce n’est qu’a priori, elle n’est pas élevée et qu’elle a peu de chance de devenir un actif rentable. Cette facture indéterminée, mais sûrement salée, sera à la charge des contribuables pour l’instant. Bien que des punitions soient envisagées (pour les institutions financières survivantes à la crise), leur montant ni même leur principe n’ont été actés, donc en l’état actuel des choses, seul le contribuable américain est certain de payer. En outre, les actifs de bonne qualité sont quant à eux, revendus à des banques qui ont les reins plus solides. La précipitation dans laquelle ces ventes s’effectuent permet certainement aux organismes acquéreurs de les payer à un prix intéressant.

En somme, les contribuables, avant tout victimes des agissements des banques, récupèrent les actifs toxiques et le coût qu’ils induisent et les banques, en partie à l’origine de la crise, récupèrent les actifs intéressants à un prix peu élevé. Si l’on pousse plus loin, les banques détentrices de ces subprimes en 2007 ont eu un an pour les revendre dans ces actifs toxiques. Elles avaient, un an plus tard, plus de chance de s’en être débarrassés. Il est donc envisageable que les banques apparaissant comme étant plus solides aujourd’hui soient celles qui ont été à l’origine des subprimes. Mais tout cela ne se saura quoiqu’il en soit pas avant un certain temps.

Mais il aurait été possible de faire autrement. Paul Krugman dans une colonne du New York Times (reproduite par le courrier international) souligne qu’il aurait été préférable, à ses yeux, de prendre des participations dans les banques, à l’image du plan récemment mis en place au Royaume-Uni. Ainsi, cela permettrait au contribuable d’avoir un retour sur investissement si le sauvetage des banques fonctionnent, via leur rémunération en tant que actionnaires. Mais il est probable que nationaliser les organismes financiers allait trop à l’encontre de l’idéologie que les Etats-Unis ont défendu pendant plusieurs décennies. D’autres solutions ont été suggérées, par DSK et le FMI notamment avec l’idée de mettre en place des swaps de long terme avec les actifs toxiques. Ainsi, à court terme, l’Etat et les contribuables subissent le risque des actifs toxiques, mais à long terme, ce seraient les actuels détenteurs qui subiraient le risque associé à ces actifs.

Il est en tout cas indéniable que les sauvetages actuels, bien que nécessaires, seront pour bonne partie à la charge des contribuables. La situation s’apparente d’ailleurs à un chantage car laisser les banques sombrer reviendrait à sanctionner le contribuable via ses dépôts (qui disparaitraient) et les sauver revient à le sanctionner via ses impôts (qui augmenteraient pour financer le plan). A long terme, il faudra se poser la question des responsabilités et donc du partage à opérer. Le marché dérèglementé est à l’origine de cette crise mais il n’a pas su l’endiguer, les Etats ont dû intervenir massivement. Le marché a même permis à propager la crise en réalité.

Le plan

Mais à l’heure actuelle, il ne fait aucun doute que les banques doivent être sauvées. La faillite de Lehman Brothers a instauré, a priori, la crainte des marchés. On peut se demander si la stratégie était la bonne. Venir au secours de toutes les banques est à l’évidence un mauvais signal. Si celles-ci comprennent que quoi qu’elles fassent, l’Etat volera à leur secours, alors elles prendront des risques sans limite, c’est que l’on appelle le Risque Moral ou Aléa Moral en économie. Ainsi, il est logique de voir les marchés mal réagir à l’annonce de la faillite de Lehman Brothers. On peut néanmoins souligner que même si à court terme cette action semble être la cause de la chute des places financières mondiales, l’effet à plus long terme sera très bénéfique. Si Lehman avait été sauvée, alors les marchés et les banques n’auraient plus eu d’incitation à assainir leurs bilans. Cette fois, le signal est clair, il faut faire des efforts car tout le monde ne sera pas sauvé. Donc en prévision d’un renforcement des règles sur les marchés financiers pour que ce qui arrive actuellement ne se reproduise plus, ce signal était nécessaire.

Ensuite, pour ce qui est de la forme du plan, on trouve un ensemble d’interventions (cf telos, vox … etc) qui appellent à une solution concertée. A mesure que la crise se propage à la sphère réelle et qu’elle se répand à travers le monde, on comprend bien pourquoi il est indispensable d’agir de façon concertée. L’idée est simple, si par exemple un pays assure les dépôts des épargnants alors que les autres ne l’ont pas fait, nous allons voir un afflux de capitaux vers ce pays qui lui aura peut-être une bouffée d’oxygène, mais cela serait dramatique pour les autres pays. De même, les marchés sont toujours actifs au niveau mondial. Sauver une banque à un endroit, mais pas à un autre, racheter des actifs toxiques à un endroit alors qu’à l’autre on nationalise partiellement les banques ne peut mener qu’à une chose. Les marchés achètent et vendent en fonction de qualités relatives estimées des sous-jacents des actifs. Toute décision qui n’est pas globale va entraîner une baisse des actifs soit du pays à l’initiative, soit des autres. Ces mouvements de capitaux, actuellement très instables et massifs n’ont pas vocation à aider à la crise; nous savons même qu’ils ont la capacité de l’empirer. Ainsi, une action concertée permettrait d’éviter cet écueil. Agir conjointement permet également de construire un plan qui aura pour vocation d’attirer les capitaux là où ils sont nécessaires. Tous les pays ne sont pas touchés de la même façon et une action globale permettrait de s’assurer que tous les euros dépensés le sont le mieux possible. Il n’est pas du tout évident qu’un euro dépensé par la France pour renflouer Dexia soit plus utile pour la France elle-même, et pour le monde, que s’il était dépensé aux Etats-Unis ou ailleurs en France. C’est donc l’idée du fonds commun qui est derrière cela.

A noter que Dani Rodrik, sur son blog, a relayé une autre idée. L’idée simple consiste à solliciter les actuels créditeurs des Etats-Unis, au premier rang desquels la Chine, pour octroyer des prêts aux Etats-Unis. Dans la mesure où les créditeurs ont intérêt à faire en sorte que leur créancier rembourse dans les temps ses prêts, c’est dans leur intérêt de permettre au système américain de survivre à long terme. Cette idée s’inscrit en ligne avec un élément évoqué sur ce blog, les relations entre géopolitique et économie sur le pouvoir grandissant des créditeurs des Etats-Unis. La propagation à la sphère réelle est un élément qui touche plus encore de pays. La Chine et le Japon par exemple, principaux exportateurs vers les USA n’ont pas intérêt à voir ces économies se contracter fortement.

La propagation à la sphère réelle

Car aujourd’hui, le marché inter-bancaire est inexistant, les banques ne se font plus confiance entre elles. Or ce marché est d’habitude le principal pourvoyeur de liquidités dans les économies. Sans ce marché, les banques ont moins qu’auparavant en liquidité disponibles. Dès lors, nous tendons vers un rationnement du crédit. Certains projets ne trouverons plus de financement. L’activité économique ralentit donc mécaniquement et l’on sait que cela peut entraîner des plans de licenciement, des investissements plus faibles dans les innovations, et encore plein d’autres choses pas souhaitables. Espérons qu’avant la crise, un certain nombre de projets de mauvaise qualité étaient financés, auquel cas ce ralentissement du crédit aura ceci de bon qu’il imposera aux banques de ne plus favoriser que les projets de bonne qualité. Mais dans les faits, les banques sont tellement frileuses que même les bons projets ne seront plus financés. A l’image de leurs prises de risque excessives dans les années passées, elles font état d’une frilosité elle aussi excessive. C’est un cercle vicieux, les bons projets, malgré leur qualité, ne seront pas aussi rentables que prévus, parce que justement l’économie se ralentit, et cela réduit encore plus l’activité économique.

Donc la sphère réelle est belle et bien touchée et nous n’en voyons que les prémices. Maintenant que les contribuables réalisent cela, alors les effets peuvent être pires. Eux-mêmes ne consomment plus car ils ont peur de l’avenir, en théorie ils épargnent. Mais avec l’origine actuelle de la crise, un certain nombre de particuliers vont préférer leur matelas aux comptes bancaires. Donc cela va encore réduire les liquidités à dispositions des organismes financiers, alimentant encore le cercle vicieux. C’est la raison pour laquelle la garantie des dépôts est cruciale car ceux-ci représentent, avec les injections de liquides par les autorités, la seule source de liquidités pour les banques. Si cette source venait à se tarir, nous n’aurions pratiquement plus fuel dans l’économie.

La mécanique de la crise

Paul Krugman a sorti un petit document d’une douzaine de pages au sujet de la crise. Il souligne que contrairement à la crise de première génération, celle-ci ne trouve pas ses raisons dans la sphère réelle. Il aurait été possible d’imaginer que les tensions sur les marchés des matières premières, par l’accroissement qu’elles ont induit de la part des dépenses des ménages et entreprises affectée aux matières premières, auraient réduit l’activité des économies ainsi que l’aptitude des ménages déjà endettés à rembourser les crédits subprimes. Même si ce mécanisme n’a sûrement pas contribué à une amélioration de la situation financière mondiale, il semble que le principal problème provienne des fameux effets de leviers avec lesquels jouent les organismes financiers. Ceux-ci leurs permettent d’agir sur des sommes bien plus importantes que celles dont ils disposent réellement. Krugman montre alors de manière assez intuitive que les entrecroisements de ces leviers à l’échelle du monde sont un élément dont la force pourrait être à l’origine du marasme actuel. Les leviers ont permis des transmissions multiplicatives des effets sur les prix des actifs que les organismes s’échangent. Par conséquent, il souligne que les liquidités ne sont pas au cœur de la mécanique, alors que le capital l’est, via les comptes des grandes institutions financières. Selon lui, il est donc indispensable d’agir en premier lieu au niveau du capital en renflouant les banques. Egalement, il insiste sur la nécessité d’agir de façon concertée entre les pays, car les interconnexions entre tous les pays sont au cœur de la mécanique à l’origine de la crise.

Ainsi, voici les premières choses que l’on peut dire au sujet de cette crise. Il va de soi que nous continuerons à guetter les contributions sur ces sujets.

UPDATE [15/10/2008]: Lire sur telos cet article très utile à la compréhension des mécanismes en jeu ainsi que des plans US, britanniques et européens.

UPDATE [16/10/2008]: Voici une contribution sur vox au sujet de la redistribution auprès des contribuables.


La géopolitique et la sphère économique

octobre 5, 2008

Les politologues s’accordent à dire que le pouvoir économique a pris le pas sur le pouvoir militaire (sans pour autant dire que ce dernier n’a plus d’importance). Pourtant, le 08 Août dernier, la Russie faisait une démonstration de force en Géorgie, comme annonçant son retour sur la scène internationale.

Est-ce un retour en arrière? La Russie n’aurait-elle pas saisi l’évolution de la balance des pouvoirs?

A ces questions, pas de réponse tranchée. Comme nous allons le voir, ces deux domaines s’auto-influencent. Il est aujourd’hui relativement certain que les conflits ont des effets importants sur les relations économiques. De même, l’économie a sans équivoque un effet sur les conflits armés et sur les relations géopolitiques plus largement.

De façon générale, les sciences économiques ont un train de retard sur les sciences politiques en la matière. Cela fait bien longtemps que les politologues s’intéressent aux relations entre ces deux sphères. Les économistes, quant à eux, s’en sont emparés seulement récemment.

Les travaux économiques récents soulignent ainsi clairement la causalité circulaire entre géopolitique et économie. Entre autres, Martin, Mayer et Thoenig (2008) travaillent sur la relation entre conflits et commerce. Ils montrent qu’en fonction de l’ouverture d’un pays, de la structure de son commerce, la probabilité d’un conflit va changer. Un résultat éloquent est que le mondialisation, en cela qu’elle entraîne un accroissement du commerce avec le reste du monde, et donc une baisse relative de la part du commerce des pays avec leurs proches voisins, peut entraîner une augmentation du risque de conflit. Ceci simplement car le coût d’opportunité de la guerre baisse, puisque la part du commerce que représentent les proches voisins diminue. Or, c’est cette même part qui représente ce coût puisqu’il semble logique qu’en temps de guerre, les relations commerciales cessent. Ce flux de commerce représente ainsi un coût de la guerre, au-delà de l’investissement dans l’armée. La diminution de celui-ci va alors rendre plus avantageuse la guerre qu’auparavant.

Ce type de mécanique souligne les interdépendances entre les deux sphères avec une théorie on ne peut plus intuitive. D’autres travaux mettent en évidence le rôle pacificateur des accords régionaux car ils accroissent les flux entre pays voisins. Une autre littérature souligne le rôle stabilisateur de l’économique. Maintenir un pays dans un état économique relativement sain et en ligne avec les fondamentaux des grandes économies développées est sûrement un moyen de réduire le risque de voir le pays changer de bord géopolitique.

Comment replacer les évènements du mois d’août dernier dans ce genre d’analyse? La Géorgie a agi comme un élément incontrôlable vis-à-vis de ses alliers occidentaux. Elle a obligé les membres de l’OTAN à se positionner dans le conflit. Dans le même temps, la Russie qui cherche à la fois à recouvrer une place d’importance sur la scène internationale et qui s’efforce de maintenir son ascendant sur cette région du globe, a réagi instantanément en envoyant ses troupes dans les deux régions séparatistes de Géorgie.

La démarche est opposée en ce qui concerne la Chine. Elle qui a une image de géant économique qui ignore les droits de l’homme a cherché à afficher une image de pays moderne et accueillant. Ainsi, nous avons d’un côté un pays qui essaie d’accroitre son pouvoir par une démonstration de force et un autre qui, dans le même objectif, cherche à masquer toute forme de force.

La situation économique des deux est probablement une des raisons de cette différence importante. En matière d’économie, la Russie a surtout de l’importance aux yeux du reste du monde grâce à ses matières premières, au premier rang desquelles le gaz et le pétrole. Or, en filigrane derrière l’action militaire russe, nous trouvons une question d’oléoduc devant éventuellement éviter les points d’influence russe par lesquels les actuels oléoducs transcontinentaux passent.

De son côté, la Chine est à la recherche d’une montée en gamme. Elle ne veut plus être considérée comme l’usine du monde. Son but est donc de s’affirmer petit à petit comme un acteur majeur de la scène politique internationale et pour ce faire, elle devait accueillir dignement le monde entier, faire oublier son image de pays ignorant les droits de l’homme et faire preuve à la fois d’un modernisme justifiant de son inclusion de les discussions politiques internationales mais également de son passé multi-millénaire afin de donner une image de sage, autre condition pour être acceptée en haut lieu.

Ainsi, deux méthodes très différentes pour obtenir une meilleure place sur la scène politique internationale. Mais il est clair que dans les deux cas, l’économique est là. Soit c’est un moyen, soit c’est en partie une fin. Aujourd’hui, il ne faut pas se tromper, malgré l’action militaire russe, l’importance économique est belle et bien la principale source de pouvoir sur la scène politique internationale. Sans l’action de la Géorgie, il n’est pas certain, voire peu probable, que la Russie soit intervenue militairement de son propre fait. Néanmoins, nous pouvons observer dans le cas russo-géorgien que le rapprochement de la Géorgie avec l’OTAN implique une quasi disparition de flux commerciaux entre les deux pays. Comme le souligne la théorie (ainsi que les études empiriques associées), les conditions étaient dès lors remplies pour un conflit militaire. La Géorgie a beau être dépendante énergétiquement de la Russie, elle a dû supposer que ses alliers de l’OTAN pourraient s’y substituer. Car pour que la Géorgie décide d’intervenir militairement en Ossétie, pourtant soutenue par la Russie, c’est qu’elle devait avoir estimé des coûts d’opportunité ridicules tant la probabilité qu’elle sorte gagnante de la confrontation était faible. Quelle réponse fut apportée par les pays occidentaux? Sur le plan militaire et diplomatique, une confrontation n’était pas souhaitable, surtout que les tensions sur les marchés de l’énergie sont fortes. Le FMI a donc consenti un prêt à la Géorgie. A défaut d’un soutien diplomatique fort, les pays dominateurs au FMI ont envoyé un signal. A nouveau, l’économique vient au secours du géopolitique.

Reste à voir maintenant ce qui l’emportera entre la prise de position militaire russe et la prise de dispositions économiques de la part des alliers "atlantistes". Il est important de noter que la Chine a réagi relativement neutralement à l’action russe. Sa plus grande dépendance vis-à-vis du reste du monde l’incite nécessairement à moins de vigueur dans ses relations privilégiées issues du passé. Un aspect à ne pas négliger, souligné par les théoriciens des jeux (comme Robert Aumann, prix Nobel d’économie en 2005), est que l’équilibre de la terreur entretenu par le nombre faramineux de têtes nucléaires possédées par les grandes puissances est un élément qui tend à réduire le rôle du militaire. Il va même plus loin car il montre que le fait de toutes les supprimer serait probablement très néfaste pour le maintient d’une paix durable.

Un autre point à souligner est l’aspect hégémonique de certaines puissances. Les USA ont longtemps été vus (sûrement à juste titre à une époque) comme la puissance hégémonique du monde. Un essoufflement a déjà été observé, à cause de la montée en puissance de la Chine dans la sphère économique mondiale. La crise actuelle, bien qu’avant tout économique et financière, en ce qu’elle a obligé le pouvoir fédéral US à revenir sur son idéologie anti-interventionniste en matière économique, va certainement pousser en ce sens d’un monde plus équilibré. Dès lors, la question de la dette américaine va se poser car ses actuels détenteurs ont aujourd’hui la possibilité de prendre des libertés qu’ils n’avaient pas auparavant. En outre, l’échec de l’action unilatérale des USA en Irak leur a fait perdre du crédit sur le plan militaire également.

Ainsi, l’enchevêtrement des deux domaines est total et c’est la raison pour laquelle cette question est importante.


OMC: où en sommes nous?

octobre 2, 2008

L’Organisation Mondiale du Commerce connait actuellement de sérieuses turbulences. Certains avancent même que l’OMC est finie. Aujourd’hui, d’autres proposent des solutions possibles pour sortir de la paralysie actuelle.

La faute à quoi? A qui?

Tout d’abord, il semblerait que le mode de négociation y soit pour quelque chose. Pascal Lamy lui-même parlait de Moyen-Age y en faisant référence. En effet, il n’y a pas de vote à proprement parler. Un certain nombre "d’amis de la présidence" ont pour mission de recueillir les points de vue des différentes délégations sur les sujets nécessitant un progrès au cours d’un cycle de négociation. Les mandatés doivent alors faire en sorte que les positions tendent les unes vers les autres afin de parvenir à un consensus qui soit satisfaisant.
Ce système pose clairement un problème. On voit bien en quoi il est tout à fait possible de le paralyser puisqu’il n’existe pas de prise de décision en dernier recours pour clore le débat. Sur des sujets aussi sensibles que l’agriculture, il n’est pas étonnant de voir les négociations prendre du temps. Les positions sont tellement éloignées qu’une conciliation est rendue complexe. Entre des pays comme l’Inde qui insiste pour bénéficier de clauses de sauvegarde vis-à-vis de leur agriculture, et des pays comme ceux rassemblés au sein du Groupe de Cairns qui réclament une forte libéralisation dans le secteur, il est évident que le consensus est ardu à obtenir.

Ainsi, le mode de prise de décision est un élément du blocage actuel. Mais pourrait-il en être autrement? Il paraît peu vraisemblable de voir un système de vote s’établir. Le transfert de souveraineté qu’il impliquerait serait impossible à supporter politiquement. Néanmoins, une réflexion est à mener sur la prise de décision à l’OMC. A ce titre, une récente contribution sur telos suggère qu’une possible solution serait de négocier en petits groupes (composés des pays posant le plus de problèmes) puis de soumettre le résultat de ces négociations au reste des membres.

Peut-être également que le domaine de compétence de l’organisation est trop vaste. Cela pourrait pourtant sembler utile dans la mesure où cela permet des négociations plus faciles car les concessions peuvent se faire entre plusieurs secteurs sur des sujets très différents. La théorie des jeux, au sujet des négociations sur plusieurs sujets en même temps souligne la souplesse qu’apporte ce type de système. Mais il se pourrait également que cela entretienne un flou qui handicape les négociations. En particulier, la séquentialité est importante du point de vue de la théorie des jeux. Or nous avons à l’OMC un ensemble de sujets négociés parallèlement. Quand clore alors une négociation? Dans la mesure où nous ignorons la date de clôture des autres, qui pourtant ont déjà été orientées. De surcroît, les domaines ne sont pas tous aussi clairs. Il est difficile de quantifier l’intérêt relatif d’une négociation sur des nombres précis (comme pour l’agriculture) et sur des concepts encore flous mais qui risquent de revêtir une grande importance à l’avenir.

Un autre point pouvant poser problème est l’absence de négociations multilatérales au sujet des investissements. Il est difficile de traiter le sujet du commerce internationale sans à la fois discuter des Investissements Directs à l’Etranger (IDE). Les travaux sur les firmes hétérogènes soulignent l’interdépendance des choix de s’orienter vers un marché soit via l’export, soit via un IDE. Ces derniers ont d’ailleurs fortement crû ces dernières années.

Il existe sûrement d’autres points à souligner à ce sujet. Mais le but était avant tout de présenter quelques pistes au sujet de l’OMC.

Une réflexion est latente derrière tout cela. Nous avons un bloc de pays développés qui ont eu l’avantage d’être les premiers à évoluer. Parallèlement, un bloc de pays qui se développent. Ces derniers tirent sans doute des avantages à se développer dans un monde comptant des pays pouvant les faire profiter de leurs acquis. Néanmoins, cette même relation pose problème car les pays développés cherche à conserver leurs avantages sur ces pays au rapide développement. Le principe des clauses de sauvegarde est au cœur de cela. D’un côté, elles se justifient car il est difficile de se développer aux côtés de pays déjà développés. Mais elle pose également problème car ces pays profitent aussi d’avancées technologiques faites par ces mêmes pays développés. Ainsi, il faut couper la poire en deux. Trouver les points où les inconvénients dominent les avantages et inversement. Ce débat va au-delà de la sphère économique et l’avenir des grandes organisations ne saurait être pérenne si elle n’est pas menée à son terme dans une approche globale.


Les cafés écos sont de retour!

septembre 13, 2008

Bonjour à tous!

Je suis certain que la plupart d’entre vous n’y croyait plus … et pourtant vous ne rêvez pas, ça repart!

L’année dernière a été le théâtre de pas mal de changements pour les membres des cafés écos. Dès lors, il nous fut difficile de s’en occuper régulièrement.

En ce début d’année universitaire, il nous a semblé que c’était le bon moment pour relancer notre démarche. La date et le thème ne sont pas encore arrêtés mais je peux dire, sans trop m’avancer, que la première édition de l’année devrait avoir lieu fin octobre.

Pour ce qui est des thématiques, plusieurs sont à l’étude.

Nous avons évoqué l’idée d’aborder la question du Revenu de Solidarité Active. Le moins que l’on puisse dire est que c’est un sujet d’actualité! Bien entendu, l’approche serait faite sous un angle économique. Un post devrait faire le point la semaine prochaine, en particulier sur les mécanismes d’incitations au travail, puisque ils sont au cœur de la démarche du RSA.

Fut également proposé un sujet sur la Responsabilité Sociale des Entreprises. Le sujet est moins lié à l’actualité qu’à une tendance de long terme qui a vu de nombreuses entreprises communiquer sur ces thèmes ainsi que la création d’organismes dont le but est de juger de l’investissement réel des entreprises en la matière. Là encore, un post devrait venir faire le point, en particulier sur ce qu’inclut ce terme.

La géopolitique et son impact sur l’économie pourrait également faire l’objet d’un rendez-vous dans les prochains mois. Tout le monde a suivi la démonstration de force de la Russie en Géorgie ainsi que l’avènement de la Chine sur la scène internationale lors de l’ouverture des J.O (Pour une mise en bouche, le Courrier International a publié un numéro sur le sujet très récemment). Et oui, ici aussi un post devrait faire le point sur les enjeux, en particulier les relations déjà établies entre la géopolitique, les conflits et les relations économiques internationales.

Le dernier sujet évoqué pour l’instant est celui de l’OMC, ou plus généralement celui des organisations internationales visant à régir le commerce mondial. En effet, il semble que l’OMC soit proche de la fin suite au nouvel échec des négociations du Doha Round. Mais est-ce sûr? Qu’est-ce qui pourrait s’y substituer? Qu’est-ce qui est à l’origine de l’échec? Est-ce simplement l’incapacité des Etats à s’entendre ou la méthode de négociation pratiquée à l’OMC…. un post fera un point sur ces questions.

En attendant, je vous invite à faire un tour sur Telos, ou sur Vox (en anglais). Vous y trouverez des contributions récentes sur les sujets évoqués et bien d’autres encore. N’hésitez pas à nous suggérer des idées de sujets, nous nous ferons un plaisir d’y réfléchir!

Je vous donne donc un rendez-vous encore un peu flou, un jour de fin octobre pas encore défini…


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