Paru sur d’autres blogs : rémunération du travail, rémunération du capital, et répartition de la richesse

En attendant les comptes rendus du premier café éco qui s’est tenu jeudi dernier sur les retraites, j’en profite aujourd’hui pour relayer une discussion que j’ai pu aborder avec des amis sur la question du partage de la valeur (du PIB) entre capital et travail.

Je remercie Elessar dans un commentaire sur le compte rendu des cafés éco paru le blog Grande question, de m’avoir donné la référence de l’article « Répartition capital-travail : les trois erreurs d’Olivier Besancenot » paru sur son blog : optimum, le seul blog véritablement optimal.

Pour résumer, l’auteur de l’article souligne trois erreurs de raisonnement dans cette approche de partage de la richesse :

1/ Une erreur de lecture de la courbe de répartition de la valeur entre capital et travail. Cette répartition est sensible à l’échelle de temps prise en compte ; si la date de départ de la série est 1982 (comme l’a fait ATTAC), alors la rémunération du capital apparaît augmenter depuis. Par contre, si la date de départ est le début du 20ème siècle, alors le partage de la richesse apparaît plus stable, comme le montre le graphique de l’article.

2/ Une erreur d’indicateur. L’auteur souligne que le revenu du travail et le revenu du capital intègrent autre chose que la rémunération stricte des facteurs de production. Pour exemple, la rémunération du travail intègre les rémunérations des grands patrons. Inversement, la rémunération du capital intègre la rémunération de l’épargne populaire.

J’ajouterais dans ce sens que cette approche ne tient pas compte des inégalités de profits réalisés entre les très grandes entreprises et les autres : la 100ène de plus grandes entreprises françaises réalisent la quasi-totalité des profits de toutes les entreprises, alors qu’à l’inverse rémunération du travail et du capital sont mélangés pour les artisans. Les dirigeants-propriétaires de petites entreprises ont également tendance à percevoir la rémunération de leur propriété sous forme de salaire plutôt que de dividendes (entre autre pour des raisons fiscales).

3/ Une erreur d’instrument politique. Pour l’auteur, la hausse du SMIC serait contreproductive : elle tendrait à accroître le chômage et à tasser les salaires. Il suggère que les instruments de politique économique doivent plutôt s’appuyer sur la fiscalité.

Toutefois, comme le souligne Patrick Artus dans « le capitalisme en train de s’autodétruire » (et quelles que soient les réserves que j’ai sur l’ouvrage), il me semble pertinent de comparer la répartition de la valeur entre les pays. Ainsi Artus souligne que cette répartition est plus favorable au travail en Grande-Bretagne qu’elle ne l’est en France. Cette répartition est également très certainement sensible aux modes de financement de l’économie, à la place qu’occupe l’intermédiation de crédit, l’intermédiation de marché et le financement sur les marchés de capitaux.

Pour conclure, cette approche du partage de la valeur est-elle vraiment pertinente pour percevoir les inégélités de revenu au sein d’une population ? Les inducateurs de progrès (GPI, BIP40), quelles que soient leurs imperfections de mesures, ne tiennnent-ils pas mieux compte de ces inégalités de revenu ?

8 commentaires pour Paru sur d’autres blogs : rémunération du travail, rémunération du capital, et répartition de la richesse

  1. Elessar dit :

    A ben merci pour cette pub gratuite. !

    C’est marrant comme les économistes tournent autour des mêmes questions. Concernant le BIP40:
    http://www.optimum-blog.net/post/2007/03/31/Inegalites-et-pauvrete-%3A-que-mesure-le-bip40

    Promis-juré, j’arrête là l’auto-référencement. Je précise toutefois (rendons à César …) que je n’ai pas écrit ces deux article, c’est un de mes co-blogueurs.

    LSR

  2. Laurent dit :

    Héhé ! Y’a pas de souci pour l’autréférencement, c’est quand même le but des blogs😉

    J’avais lu l’article sur le BIP40. Je l’ai trouvé bien ; il pointait bien certaines limites de l’indicateur.

    Et autant pour moi, l’article sur le partage de la richesse est d’Andrea Bonappeti.

  3. wince dit :

    on peut discuter de la pertinence d’un tel indicateur pour attester de l’évolution des inégalités mais à l’heure ou certains candidats se réclament de la valeur travail, veulent récompenser la France qui travaille, etc… ça ne me parait pas inintéressant de voir ccomment se répartit la valeur ajoutée.
    Sinon, a-t-on vraiment besoin d’indicateurs de progrès? on a pas des indicateurs d’inégalités de revenus (Gini, écart interquartile…), avec lesquels au moins on sait ce qu’on mesure?

  4. laurentsoulat dit :

    Wince, je ne suis pas d’accord avec toi. A l’heure où certains candidats à l’élection présidentielle parlent de revalorisation de la valeur travail, je crois que la question du partage de la valeur entre rémunération du travail, amélioration de l’outil productif, financement de nouveaux projets et rémunération de la propriété reste pertinente.
    Il est bien évident que cette approche reste toutefois imparfaite :
    – elle ne permet pas de tenir compte des transferts et des revenus de l’épargne. Dans se sens, j’suis d’accord avec toi, la notion de revenu disponible des ménages est plus pertinente.
    – elle ne tient pas compte des inégalités de revenu.

    Le problème avec les écarts interquartile est que les inégalités de revenus dépendent de ce que tu prends comme référence. Si tu regardes sur long terme l’éart entre le premier et le dernier décile, alors les inégalités de revenus sont plutôt stables dans le temps? Par contre si tu prends le premier et le dernier centile, alors tu as une explosion des écarts. Il faudra que je fasse un post sur cette question un de ces 4 !
    Concernant les mesures d’inégalités, les courbes TIP (three I poverty) me semblent bien. Ils intègrent trois dimensions de la pauvreté dans une seule valeur : l’incidence, l’intensité et l’inégalité.

    L’idée des indicateurs de progrès n’est pas nécessairement d’avoir une mesure des inégalités de revenus. Le but est surtout de savoir quel objectif politique on poursuit au sein d’une collectivité. Si l’objectif poursuivi est la croissance du PIB, alors le PIB est très bien. Maintenant n’est-il pas pertinent de tenir compte des incidences de l’activité humaine sur l’environnement, sur les inégalités (économiques, sociales, culturelles), sur l’épuisement de certaines ressources naturelles ? Dans ce sens, le BIP40 ou le GPI, en tant qu’indicateur synthétique de progrès ne permet-il pas de fixer un objectif politique de croissance autre que la croissance de la richesse créée ?

  5. wince dit :

    Je crois qu’on est d’accord en fait sur l’utilité de la répartition captial travail.
    Sinon, ton histoire décile/centile m’intrigue: je suis d’accord, ça vaut un post!

  6. laurentsoulat dit :

    @ Wince : oui on doit être effectivement d’accord !!! Il est effectivement nécessaire que je fasse un post plus construit sur les indicateurs de progrès (GPI, BIP40 et empeite écologique).
    Il serait nécessaire aussi que je consacre un peu de temps sur cette question des mesures d’inégalités selon les intervalles considérés.

  7. […] la valeur, inégalités de revenus et indicateurs alternatifs Après un premier article sur la rémunération du travail, la rémunération du capital et le partage de la richesse, je reviens sur le sujet en lançant une nouvelle chronique : partage de la valeur, inégalités de […]

  8. […] question avait été abordée dans un post précédent, “Paru sur d’autres blogs : rémunération du travail, rémunération du capital, et répartition de…” et sur Optimum dans l’article “Répartition capital-travail : les trois erreurs […]

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