Les cafés économiques, seconde édition

Voici le compte rendu des deuxièmes cafés économiques, contrairement à ce que vous pouvez croire, ce n’est pas moi mais bien Pierre qui l’a rédigé.

La seconde édition des cafés économiques s’est déroulé le 10 mai avec l’intervention d’Étienne Wasmer, économiste du travail. Professeur d’économie à Sciences-Po Paris. Il est également chercheur à l’OFCE, research fellow du CEPR (Londres), research fellow IZA (Bonn). Il a publié de nombreux articles sur le sujet et anime le blog “blog d’un économiste du travail” qui propose de nombreuses discussions sur le sujet.

Cette deuxième édition a confirmé le succès de la première. Il y avait beaucoup de monde (une trentaine, dont pas mal de personnes que les organisateurs ne connaissaient pas, ce qui est encourageant) et un débat s’est vite engagé sur la relation entre la mobilité géographique et le marché du travail.

Wasmer a rappelé qu’il s’agit là d’un sujet transversal qui va bien au delà de l’économie en tant que tel. En effet, le marché du travail et les mouvements d’emploi n’expliquent qu’une petite partie de la mobilité géographiques et les autres raisons (liées au contexte familial et au logement…) expliquent une grande partie de la mobilité.

Plan

1. Chiffres
2. Marché du logement
3. Capital social
4. Relation entre mobilité et éducation
5. Conclusion

Chiffres

1) En moyenne annuelle, 16% des individus changent d’endroit de résidence. Ce taux est de 7% pour l’Union européenne avec l’Italie et la Grèce dans la fourchette basse (3-4%), la France autour de 8,5% et les pays scandinaves dans le haut de la fourchette.

2) Raisons de la mobilité

Aux Etats-Unis, la mobilité intra-comté est due à 2/3 à des problèmes de logement, 25% des raisons familiales et seulement 5% à cause du travail. Dans le cadre de la mobilité inter-conté (>50km), les raisons professionnelles sont plus fréquentes (30%), 26% pour des raisons familiales et 32% à cause du logement.

Quelles sont les raisons qui poussent les individus à être plus ou moins mobile ? On regroupe généralement les raisons en quatre catégories : travail, famille, logement et divers.

1. Travail

60% changent de domicile à la suite d’une embauche ou d’une mutation professionnelle (job transfer)
10% changent de domicile en vu de faciliter leur recherche d’emploi (vont dans un bassin d’emploi dynamique)
20% cherchent à se rapprocher de leur emploi
7-8% changent de domicile pour des raisons diverses

2. Famille

1/4 changent de domicile à la suite d’un changement de leur statut marital
1/4 changent de domicile pour se mettre en ménage
1/2 changent de domicile pour des raisons diverses

3. Logement

1/3 changent de domicile afin d’avoir un logement plus grand
1/4 changent de domicile afin de devenir propriétaire
10% changent de domicile pour changer d’environnement
1/4 changent de domicile pour des raisons diverses (éducation des enfants…)

4. Divers

changement de climat
éducation supérieure
raisons de santé

2,8% des individus bougent pour des raison professionnelles aux États-Unis. 1,1% des individus bougent pour des raison professionnelles dans l’Union européenne.

Une des raisons qui peut être avancée pour justifier cet écart est que la durée d’emploi étant plus longue en Europe, les gens ont moins de raisons de changer de lieux de résidence.

Marché du logement

Le marché du logement français souffre de nombreux dysfonctionnement (discrimination, difficulté pour trouver un logement car il faut un dépôt de garantie, fiches de paie… ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres pays occidentaux) et pourrait être mieux organisé. La mise en place d’un fond de mutualisation qui assure le risque d’impayés pourrait réduire ces dysfonctionnements. Pour éviter le problème d’aléa moral, le marché pourrait être segmenté entre le fond mutualisé, les locataires solvables et l’État par exemple.

Commentaire d’Etienne Wasmer vis-à-vis de deux propositions de réformes :

1. L’accession à la propriété n’a pas d’effet sur la mobilité des gens lorsque le marché du logement est fluide. Par contre, lorsque le marché du logement connait des dysfonctionnements, l’accession à la propriété peut avoir un effet sur la mobilité géographique.
2. Faut-il permettre à l’État de prendre en charge les mois de cautions ? Non, car il y a un risque d’une dérive du système, l’Etat prenant en charge les mauvais risques et pourrait perdre beaucoup d’argent.

Capital Social

Trois questions sont souvent utilisées dans la littérature pour mesurer le capital social.

1. Quelle est la part de la population qui parle à ses voisins ?

Pays où elle est la plus forte : Grèce, Espagne, Portugal, Irlande et Italie.
Pays où elle est la plus faible : Pays-Bas, Royaume-Uni

Ces différences dépendant notamment du fait d’habiter dans des maisons individuelles ou des appartements.

1. Quelle est la fréquence des contacts avec les amis et la famille ?

Pays où elle est la plus forte : Irlande, Espagne et Grèce
Pays où elle est la plus faible : Allemagne, Autriche et Belgique

2. Quelle est la part de la population qui est membre d’un club (ex: échecs, associations professionnelles, Rotary club…) ?

À partir des statistiques, on peut définir deux individus types. L’individu qui serait le moins mobile est un italien, marié, propriétaire, âgé de 36 à 45 ans. L’individu le plus mobile serait une hollandaise, célibataire, locataire, âgée de 26 à 35 ans.

Vrac :

Qu’est-ce que ça veut dire de vivre dans un monde de faible mobilité ? Les gens développement des caractéristiques pour faire face à cela.)

Éducation

Les travailleurs les plus éduqués sont aussi les plus mobiles en Europe. Cela n’est pas forcément vrai aux US. Une explication est que le coût psychologique de la mobilité est plus faible lorsqu’on s’est déjà déplacé pour étudier. Une implication est que le phénomène de sur-éducation par lequel les universités européennes formeraient trop de personnes qui ne trouvent pas d’emplois suffisamment qualifié a au moins un aspect positif, celui de fournir des travailleurs plus mobiles et donc plus susceptibles de profiter des opportunités d’emploi dans les régions en expansion. Voir Wasmer et al. (2005) sur ce point.

Conclusion

La mobilité est une assurance face aux chocs.

Bibliographie

* Cahier numéro 27 de l’association En temps réel : Pour une réforme radicale du droit du logement : une analyse économique

* Wasmer, E., P. Fredriksson, A. Lamo, J. Messina and G. Peri., (2005), ‘The Macroeconomics of Education’, in Human Capital in Europe, a report of the Fondazione R. DeBenedetti, Oxford Univ. Press

Le compte rendu du café économique du 10 mai 2007 est également disponible en wiki pour être complété sur Wikipédia. Merci à Wikipédia France et à Pierre pour le compte rendu.

Un commentaire pour Les cafés économiques, seconde édition

  1. […] café économique du 10 mai : quelques photos… Voici quelques photos du café économique du 10 mai 2007 sur la mobilité géographique et le marché du travail avec Etienne […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :