Chroniques et billets d’humeur – Economie et milieu naturel : la gestion des stocks de ressources, la polémique sur l’anchois…

Après quelques semaines d’absence pour cause d’activité professionnelle importante, je reviens animer le blog des cafés économiques. J’en profite pour revenir sur les discussion que j’ai eu avec Aureliano Buendia au sujet de l’économie et de l’environnement concernant ses articles sur les externalités : ici et .

Avant de revenir sur la question des rejets et des effets externes, je commencerai par un sujet d’actualité de la seconde 15aine de juillet sur les quotas de pêche à l’anchois…

Bref rappel de l’histoire sur l’interdiction de la pêche de l’anchois dans le Golfe de Gascogne.

Outre le fait que l’anchois est un poisson avec des poils😉, mi-juillet, des pécheurs des Sables d’Olonne (Vendée), de Saint-Gilles-Croix de-Vie (Vendée) et de La Turballe (Loire-Atlantique) se mobilisent afin d’obtenir un quota de 3000 à 4000 tonnes d’anchois, alors que la Commission européenne avait décidé de ne pas rouvrir la pêche à l’anchois dans le Golfe de Gascogne.

« En juillet 2005, la pêche avait été suspendue lorsque la Commission avait constaté que la situation biologique du stock avait atteint le seuil critique de 15000 tonnes alors que le quota de pêche prévu pour l’année était de 30000 tonnes ». (Coulisses de Bruxelles, UE par Jean Quatremer).

Les stocks actuels estimés sont de 30000 tonnes contre 18000 il y a un an. Le mercredi 18 juillet, la Commission annonce un maintien de l’interdiction afin de préserver la ressource.

Michel Barnier, Ministre de l’agriculture (et accessoirement ancien commissaire européen !) stigmatise Bruxelles et annonce alors qu’il va défendre le cas des pêcheurs français afin d’obtenir un quota de pêche pour les 3 mois d’été, jugeant que le risque d’extinction des anchois était faible par rapport au risque d’extinction de la filière pêche en France.

Bon nombre de media lui emboîtent le pas sans plus de discernement (par exemples Le Monde ou TF1

Ainsi, comme sur le blog des cafés économiques nous traitons d’économie, je vais m’employer dans le présent article et dans des articles à suivre à examiner les rapports que l’économie et le milieu naturel peuvent entretiennent, n’étant pas précisément un économiste de l’environnement.

Dans les relations entre économie et milieu naturel, la question des anchois concerne la gestion d’une ressource (j’aborderai la question du traitement des rejets en économie dans de prochains posts).

Par conséquent, que dit l’économie au sujet des stocks de ressources ? Pourquoi Michel Barnier monte au créneau ou que Jean-Louis Borloo, numéro 2 du gouvernement en charge de l’environnement, ou Nicolas Hulot jusqu là su bavard ne disent rien ?

La gestion des prélèvements d’une ressource

Les richesses naturelles sont considérées comme des stocks de richesses productives à gérer dans le temps. L’évolution temporelle d’une ressource est données par :

où St est le stock de ressources à la période t et St+1 à la période suivante ; N+t les apports naturels en t ; Nt les pertes naturels en t ; H+t les apports économiques en t ; et Ht les prélèvements économiques en t.

  • Une ressource est reproductible si les apports économiques sont supérieurs aux prélèvements économiques (sinon elle est non reproductible).
  • Une ressource naturelle est renouvelable si les apports naturels sont supérieurs aux pertes naturelles.
  • Une ressource est épuisable si les prélèvements économiques et les pertes naturelles sont supérieurs aux apports économiques et naturels, ce qui était le cas de l’anchois.

Le problème de manque d’incitation à préserver la ressource

Meade ou Coase soulignent qu’un mauvais partage des droits de propriété, ou une absence de droits, aboutit à une surexploitation de la ressource. Chaque agent a intérêt à tirer le maximum de la ressource s’il ne veut pas que les autres le fassent à son détriment. Pour ces économistes, l’appropriation privée conduirait chaque agent à se préoccuper de la pérennité de la ressource.

Pourtant, il paraît difficile de déterminer des doits de propriété sur les poissons de mer. Une première solution pourrait consister dans la formation d’un monopole national, ce qui inciterait effectivement ce pêcheur à tenir compte de l’épuisement de la ressource.

Mais se pose alors le problème de frontières. Ainsi les pêcheurs français s’en prennent-ils aux pécheurs espagnols : « le comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) « s’interroge sur les réelles intentions de la Commission européenne et se – demande si cette dernière n’est pas en train de déployer une stratégie d’éradication de la flotte française au profit d’une flotte espagnole qui », dénonce-t-il, dispose d’une flotte « en surcapacité de pêche, dépasse ses propres quotas, triche en pêchant du poisson sous taille et menace la pérennité de certains stocks ». » (L’Humanité du 21 juillet 2007)

De plus, la solution de la définition de droits privés pose le problème d’une réduction de la gestion de biens collectifs à une logique d’intérêts individuels ignorant les niveaux d’organisation et les conflits.

Un problème d’ajustement du prix

Théoriquement, l’offre, la demande et le prix devraient s’ajuster avec la raréfaction de la ressource. L’épuisement devrait faire augmenter le prix, réduire la demande et en même temps rendre possible des substitutions, soit une modification des achats alimentaires dans le cas de l’anchois.

S’il s’agissait du pétrole, la raréfaction de la ressource conduirait :

  • à l’augmentation du prix du pétrole,
  • à rendre rentable des gisements jusque là non rentables,
  • à rendre les énergies alternatives relativement meilleur marché,
  • à faire baisser la demande de pétrole et à inciter à des économies d’énergie.

Toutefois, d’autres facteurs économiques tels que la croissance économie des pays émergeants ou les mécanismes de couvertures sur les marchés à termes et sur les marchés d’options peuvent limiter la baisse de la demande ou l’influencer à la hausse.

De toute façon, dans le cas des anchois, chaque pêcheur a intérêt à exploiter le maximum de la ressource dans le délai le plus bref au risque de voir les autres pêcheurs le faire, conduisant à la disparition de l’espèce. La mise en place de quotas s’avère par conséquent la solution la mieux à même de la préserver.

La solution des quotas et absence de mutualisation des risques en France

Ainsi, afin de préserver la ressource dans une situation où plusieurs acteurs ont accès à cette ressource, une autorité de régulation met en place des quotas de quantités de ressources prélevées.

Mais les pêcheurs français sont contraints de rentabiliser les lourds investissements qu’ils ont réalisés. Même si leur outil productif leur a permis de diversifier leur pêche, la réduction des quantités qu’ils sont autorisés à prélever les place dans une situation financière difficile. Ceci explique la réaction de Michel Barnier, qu’elle soit sincère ou de façade.

Alors pourquoi alors les pêcheurs espagnols ne contestent pas les quotas imposés ? Soit, ils bénéficient de quotas plus élevés qu’en France, mais l’Espagne est un pays de tradition de pêche, dont l’anchois, contrairement à la France. Mais c’est surtout parce que les pêcheurs espagnols se sont dotés d’un système de mutualisation des risques permettant d’amortir les fluctuations liées aux plus ou moins grands rationnements d’accès à la ressource, contrairement aux pêcheurs français.

Ainsi, plutôt que de stigmatiser la Commission ou de faire appel à des aides exceptionnelles, ce faudrait-il pas penser la mise en place de mécanismes d’assurance contre ces risques ? On rejoint ici l’idée soulevée par Jean-Louis Guerin sur les retraites : la mise en place de systèmes de couverture dans les métiers plus à risque.

Un commentaire pour Chroniques et billets d’humeur – Economie et milieu naturel : la gestion des stocks de ressources, la polémique sur l’anchois…

  1. Jean Azzur dit :

    Pour assurer l’environement proche, rien de plus simple que d’assurer le lieu, on peut trouver une assurance en cherchant sur google style « Comparateur d’assurance« . Vous verrez que les assurances peuvent couvrir même ces risques.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :