Modes du soumission

Le même jour, je me retrouve à lire un document de travail du NBER sur le mode de publication au Journal of International Economics, écrit par Ivan Cherkashin, Svetlana Demidova, Susumu Imai et Kala Krishna et un article écrit par Dewatripont et Tirole paru dans le Journal of Political Economy.

Du premier, il ressort que le fait d’envoyer un signal, via son CV en ligne par exemple, peut avoir un effet négatif dans la mesure où les auteurs montrent qu’en supprimant les 40% des papiers qui ont le moins de chance de publier – ceci étant établi sur la base de critère comme l’année de soutenance, l’institution d’appartenance ou encore le passé en matière de publications entre autres – la marge d’erreur serait seulement de 8% dans l’ensemble. Elle tombe même à 0% lorsque seuls les papiers à un auteur sont considérés. Il est intéressant de noter que le fait de ne retenir que le meilleur auteur pour les co-écritures ne change pas ceci. Intuitivement, il semblerait que co-écrire puisse permettre de passer au travers, malgré des critères faibles. Néanmoins, comme nous allons le voir, il est probable que ceux qui n’ont pas mis en ligne leur CV sont parmi ces 40%.

Le second papier, quant à lui, est un modèle théorique qui traite des modes de communication.

Il m’est venu l’idée d’un parallèle entre ces deux travaux. Dans le modèle théorique, nous trouvons un envoyeur et un receveur, il n’est ici pas nécessaire d’expliquer le parallèle. Le premier doit transmettre une information visant à inciter le second à mettre en œuvre une politique donnée. Celle-ci rapporte avec certitude un gain à l’envoyeur, mais pas pour le receveur qui peut soit y gagner, soit y perdre, d’où l’importance de l’information qu’envoie le premier.

Plusieurs jeux sont considérés. Tout d’abord, l’envoyeur ne connaît pas la rémunération associée à la politique qu’il souhaite voir mise en œuvre. Puis il la connaît. Ensuite, ils envisagent la possibilité d’envoyer ce qu’ils nomment un « cue message», venant compléter les « issue relevant messages ». Le premier a pour vocation d’informer le receveur de la crédibilité de l’envoyeur. Dès lors qu’un tel message existe, il est optimal pour le receveur de le considérer en premier, avant d’observer l’information.

Ainsi, et tous ceux qui ont eu l’occasion de faire des rapports le confirmeront, il est préférable de lire le CV du ou des auteurs avant de commencer à lire le papier soumis.

Ce dernier jeu se place dans l’hypothèse que l’envoyeur ignore le gain du receveur. Techniquement, cela semble crédible. Le fait de soumettre un papier signale tout de moins que l’auteur juge son travail de bonne qualité. Ainsi, le fait de le publier apporterait évidemment un gain positif pour l’auteur. En revanche, il n’a pas forcément idée de ce que l’éditeur gagnerait ou perdrait à le publier, cela dépendant de la qualité de la revue et des retombées suite à la publication, en matière de citations par exemple, ce qui n’est pas maîtrisable.

Donc le CV a une importance très grande. Plus l’auteur est « capé », plus l’appréciation de son travail est proche de celle qu’en ferait l’éditeur d’une bonne revue. Ceci pourrait être l’expression de la congruence définie par Dewatripont et Tirole comme l’intérêt commun entre les deux joueurs. Plus celle-ci est grande, plus la probabilité que le gain soit positif pour le receveur l’est également. La congruence va alors accroître le gain du receveur directement, le fait de savoir que l’auteur est connu renforce la probabilité d’un bon choix de l’éditeur/referee, et indirectement via l’effort de l’envoyeur, ce dernier sachant qu’il a de bonnes chances de publier va fournir l’effort nécessaire afin d’être certain que l’information (la qualité du papier) soit comprise.

Le « cue » fonctionne de façon dichotomique en matière d’effort dans le modèle du JPE. A nouveau, le parallèle semble fonctionner puisque si l’auteur met son CV et que l’éditeur/referee le googlelize, alors le signal sera communiqué. Sans ces deux actes combinés, le signal est pratiquement imperceptible.

Le résultat de ce jeu est alors que, si le signal « cue » apporte de mauvaises nouvelles, alors il évacue la communication de l’autre car le receveur ne fera aucun effort. Donc vous êtes rejetés par l’éditeur par exemple. Si le signal « cue » véhicule de bonnes informations, sans que la congruence soit suffisante, alors les deux modes de communication coexistent, les deux font un effort afin que l’information soit transmise et assimilée : c’est la qualité du papier que l’on cherche à apprécier. Enfin, si le signal « cue » apporte des bonnes informations et que la congruence est grande, alors pas de communication de l’information, vous acceptés sans révision. Donc tout se passe, pour la plupart d’entre nous, dans la deuxième catégorie.

Ici, l’effort que vous faites pour être compris est crucial, car il pèse sur l’effort que fera le receveur (éditeur/referee) pour vous comprendre. En effet, dans le papier de Dawatripont et Tirole, ces efforts sont des compléments. Plus l’envoyeur fait d’effort, plus cela pousse le receveur à en faire. Il semble clair que pour la compréhension d’un papier, nous sommes dans une situation comparable. Une bonne introduction incitera certainement l’éditeur/referee à lire consciencieusement votre travail. Pour nous français, cela souligne la nécessité d’une relecture par un anglais au préalable pour les revues anglo-saxonnes.

Un autre élément est que dès lors qu’envoyer le signal est peu cher, alors toute absence de celui-ci induira automatiquement que vous avez de mauvaises informations à cacher. Moralité, il est indispensable, à l’heure d’une soumission à une bonne revue, d’avoir au moins son CV à jour en ligne, sans quoi il est probable que vous ne passerez pas l’éditeur. En effet, le coût de nos jours pour mettre en ligne au moins son CV est quasi-nul.

Donc pour que le receveur/editeur choisisse la politique (publier votre travail), il faut que vous envoyiez un signal (CV en ligne) suffisamment bon. La congruence doit être bonne, celle-ci étant liée à vos précédentes publications, à vos références, votre institution etc. Enfin, l’effort que vous fournissez est d’une grande importance. Il est clair qu’une bonne introduction avec une problématique séduisante et un résultat clair et novateur sont autant d’atouts qui vont inciter l’éditeur/referee à jauger votre travail. Ensuite, il faut toutefois que le papier soit au niveau, une l’information assimilée.

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