Nous avouons, tout est de notre faute!

février 11, 2009

Oui, c’est vrai.

Comment est-il possible que nous, enseignants-chercheurs et chercheurs, nous ayons le temps d’alimenter un blog et en plus, d’essayer d’animer des cafés débats?!
Nous ne travaillons pas, c’est pour cela! D’ailleurs, tout le monde aura constaté à quel point ce blog est actif …

Bref, je parle en mon nom, mais je pense que mes collègues des cafés éco s’associeront à moi, pour signaler notre soutien au mouvement actuel des milieux universitaires, de la recherche et de l’enseignement.

Je mentionne à ce titre cet excellent texte de Pierre Jourde accessible ici , dont je me permets de reprendre le dernier paragraphe, tant il illustre précisément ce qui anime aujourd’hui le monde de la recherche :

Personnellement, j’aurais une suggestion à l’adresse de Mme Pécresse, de M. Sarkozy et accessoirement des journalistes qui parlent si légèrement de la recherche. Et si on fichait la paix à Mme B? Elle a énormément travaillé, et elle travaille encore. Elle forme des instituteurs, des professeurs, des journalistes, des fonctionnaires. Son travail de recherche permet de mieux comprendre l’évolution de la société française. Elle assure une certaine continuité intellectuelle et culturelle dans ce pays. Elle a été sans cesse évaluée. Elle gagne un salaire qui n’a aucun rapport avec ses hautes qualifications. Elle travaille dans des lieux sordides. Quand elle va faire une conférence, on met six mois à lui rembourser 100 euros de train. Et elle doit en outre subir les insultes du président de la république et le mépris d’une certaine presse. En bien, ça suffit. Voilà pourquoi les enseignants-chercheurs manifestent aujourd’hui.

Voila qui est dit. A bon entendeur (bien que je doute qu’ils en soient), salut!

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C’est la crise …

octobre 12, 2008

Cela aurait semblé surprenant de ne pas trouver une contribution traitant du sujet de la crise économique et (surtout) financière sur un blog dénommé « les cafés économiques ». Il faut toutefois noter que la crise en est à ces débuts, à l’échelle de la recherche académique. Ainsi, malgré le grand nombre de contributions dans les médias, sur telos, vox, sur internet de façon plus générale, la plupart ne permettent pas de se faire une idée précise de la mécanique de la crise. Néanmoins, les éléments à l’origine de la crise semblent aujourd’hui acquis, des doutes subsistent sur d’autres points…

Tout d’abord, le commencement. La fameuse crise des « subprimes » en Août 2007, que l’on retrouve sous des noms aussi séduisants que actifs toxiques, de créances pourries, etc… En deux mots, les « subprimes » sont ces titres de créances accordés auprès de ménages américains qui n’avaient pas une situation financière enviable. L’idée derrière était d’utiliser la maison achetée comme collatéral, puisque celle-ci prenait de la valeur grâce à l’expansion du marché immobilier, de sa bulle, ainsi même un ménage à faibles revenus devenait solvable avec cette pratique. Mais voilà, le marché de l’immobilier s’est mis à ralentir, à l’image de la croissance dans les économies développées. Petit à petit, les ménages sont devenus insolvables, dans les faits cette fois-ci, car ils ne pouvaient plus rembourser.

Dans le même temps, les banques et autres organismes financiers à l’origine de cette pratique ont tout de même pris conscience de la faible qualité des actifs ainsi créés. Dès lors, l’idée fut de mixer ces créances pourries avec un ensemble d’actifs de bien meilleure qualité dans des produits financiers complexes vendus sur le marché. Ceux qui se portaient acquéreur de ces actifs ne se doutaient pas de leur contenu puisque en période de croissance, les actifs complexes affichaient de bonnes performances. Mais sans les remboursements des particuliers, une partie du rendement de l’actif disparaissait de façon soudaine, et là c’est l’engrenage.

Tous les organismes les uns après les autres découvrent la présence d’actifs toxiques dans leurs comptes. Impossible de s’en débarrasser, tout le monde est au courant, la valeur de ceux-ci tombe alors encore plus lourdement. Nous arrivons à l’été suivant, son lot de dépôts de bilan et de mouvements de panique. Un premier point à soulever est le suivant: que s’est-il passé pendant cette année pour que d’un coup d’un seul, nous découvrions toutes ces organismes financiers dans la tourmente? Des choses ont-elles été tentées pendant cette année ou avons-nous fait l’autruche? Est-ce que le délai d’un an n’est pas dû au temps qu’ont mis les organismes à l’origine des subprimes à revendre leurs actifs à la terre entière, sans que personne ne se soucie de l’arrivée surprenante sur les marchés d’un grand nombre de ces actifs dont on ignore le contenu exact.

Une première responsabilité semble ici émerger. Alors que les transactions opérées sont certes absolument légales, le fait d’avoir noyé ces créances pourries dans les actifs toxiques est une action dont le but était avant tout de ne pas dire aux acquéreurs de ces actifs ce qu’ils avaient réellement acheté. Il semble tout de même que cette action qui vise à nuire aux acheteurs potentiels devraient pouvoir être punie. Au même titre que la volonté de dissimuler le défaut d’un bien lors d’une vente est punissable et sanctionné.

Ensuite, vient la question de la mécanique. Une fois les établissements financiers dans la tourmente, quelles sont les parts de responsabilité, non pas juridique cette fois mais factuelle. La question de la transmission à la sphère réelle est importante, tout comme la qualité des plans de sauvetage, tout comme l’intérêt de ce plan, en particulier au regard du partage de la facture qui va sûrement être lourde.

Le partage

Le plan Paulson prévoit le rachat des actifs toxiques de façon à assainir le bilan des organismes financiers. Pour faire simple, l’Etat achète un ensemble d’actifs dont personne n’a idée de la valeur, si ce n’est qu’a priori, elle n’est pas élevée et qu’elle a peu de chance de devenir un actif rentable. Cette facture indéterminée, mais sûrement salée, sera à la charge des contribuables pour l’instant. Bien que des punitions soient envisagées (pour les institutions financières survivantes à la crise), leur montant ni même leur principe n’ont été actés, donc en l’état actuel des choses, seul le contribuable américain est certain de payer. En outre, les actifs de bonne qualité sont quant à eux, revendus à des banques qui ont les reins plus solides. La précipitation dans laquelle ces ventes s’effectuent permet certainement aux organismes acquéreurs de les payer à un prix intéressant.

En somme, les contribuables, avant tout victimes des agissements des banques, récupèrent les actifs toxiques et le coût qu’ils induisent et les banques, en partie à l’origine de la crise, récupèrent les actifs intéressants à un prix peu élevé. Si l’on pousse plus loin, les banques détentrices de ces subprimes en 2007 ont eu un an pour les revendre dans ces actifs toxiques. Elles avaient, un an plus tard, plus de chance de s’en être débarrassés. Il est donc envisageable que les banques apparaissant comme étant plus solides aujourd’hui soient celles qui ont été à l’origine des subprimes. Mais tout cela ne se saura quoiqu’il en soit pas avant un certain temps.

Mais il aurait été possible de faire autrement. Paul Krugman dans une colonne du New York Times (reproduite par le courrier international) souligne qu’il aurait été préférable, à ses yeux, de prendre des participations dans les banques, à l’image du plan récemment mis en place au Royaume-Uni. Ainsi, cela permettrait au contribuable d’avoir un retour sur investissement si le sauvetage des banques fonctionnent, via leur rémunération en tant que actionnaires. Mais il est probable que nationaliser les organismes financiers allait trop à l’encontre de l’idéologie que les Etats-Unis ont défendu pendant plusieurs décennies. D’autres solutions ont été suggérées, par DSK et le FMI notamment avec l’idée de mettre en place des swaps de long terme avec les actifs toxiques. Ainsi, à court terme, l’Etat et les contribuables subissent le risque des actifs toxiques, mais à long terme, ce seraient les actuels détenteurs qui subiraient le risque associé à ces actifs.

Il est en tout cas indéniable que les sauvetages actuels, bien que nécessaires, seront pour bonne partie à la charge des contribuables. La situation s’apparente d’ailleurs à un chantage car laisser les banques sombrer reviendrait à sanctionner le contribuable via ses dépôts (qui disparaitraient) et les sauver revient à le sanctionner via ses impôts (qui augmenteraient pour financer le plan). A long terme, il faudra se poser la question des responsabilités et donc du partage à opérer. Le marché dérèglementé est à l’origine de cette crise mais il n’a pas su l’endiguer, les Etats ont dû intervenir massivement. Le marché a même permis à propager la crise en réalité.

Le plan

Mais à l’heure actuelle, il ne fait aucun doute que les banques doivent être sauvées. La faillite de Lehman Brothers a instauré, a priori, la crainte des marchés. On peut se demander si la stratégie était la bonne. Venir au secours de toutes les banques est à l’évidence un mauvais signal. Si celles-ci comprennent que quoi qu’elles fassent, l’Etat volera à leur secours, alors elles prendront des risques sans limite, c’est que l’on appelle le Risque Moral ou Aléa Moral en économie. Ainsi, il est logique de voir les marchés mal réagir à l’annonce de la faillite de Lehman Brothers. On peut néanmoins souligner que même si à court terme cette action semble être la cause de la chute des places financières mondiales, l’effet à plus long terme sera très bénéfique. Si Lehman avait été sauvée, alors les marchés et les banques n’auraient plus eu d’incitation à assainir leurs bilans. Cette fois, le signal est clair, il faut faire des efforts car tout le monde ne sera pas sauvé. Donc en prévision d’un renforcement des règles sur les marchés financiers pour que ce qui arrive actuellement ne se reproduise plus, ce signal était nécessaire.

Ensuite, pour ce qui est de la forme du plan, on trouve un ensemble d’interventions (cf telos, vox … etc) qui appellent à une solution concertée. A mesure que la crise se propage à la sphère réelle et qu’elle se répand à travers le monde, on comprend bien pourquoi il est indispensable d’agir de façon concertée. L’idée est simple, si par exemple un pays assure les dépôts des épargnants alors que les autres ne l’ont pas fait, nous allons voir un afflux de capitaux vers ce pays qui lui aura peut-être une bouffée d’oxygène, mais cela serait dramatique pour les autres pays. De même, les marchés sont toujours actifs au niveau mondial. Sauver une banque à un endroit, mais pas à un autre, racheter des actifs toxiques à un endroit alors qu’à l’autre on nationalise partiellement les banques ne peut mener qu’à une chose. Les marchés achètent et vendent en fonction de qualités relatives estimées des sous-jacents des actifs. Toute décision qui n’est pas globale va entraîner une baisse des actifs soit du pays à l’initiative, soit des autres. Ces mouvements de capitaux, actuellement très instables et massifs n’ont pas vocation à aider à la crise; nous savons même qu’ils ont la capacité de l’empirer. Ainsi, une action concertée permettrait d’éviter cet écueil. Agir conjointement permet également de construire un plan qui aura pour vocation d’attirer les capitaux là où ils sont nécessaires. Tous les pays ne sont pas touchés de la même façon et une action globale permettrait de s’assurer que tous les euros dépensés le sont le mieux possible. Il n’est pas du tout évident qu’un euro dépensé par la France pour renflouer Dexia soit plus utile pour la France elle-même, et pour le monde, que s’il était dépensé aux Etats-Unis ou ailleurs en France. C’est donc l’idée du fonds commun qui est derrière cela.

A noter que Dani Rodrik, sur son blog, a relayé une autre idée. L’idée simple consiste à solliciter les actuels créditeurs des Etats-Unis, au premier rang desquels la Chine, pour octroyer des prêts aux Etats-Unis. Dans la mesure où les créditeurs ont intérêt à faire en sorte que leur créancier rembourse dans les temps ses prêts, c’est dans leur intérêt de permettre au système américain de survivre à long terme. Cette idée s’inscrit en ligne avec un élément évoqué sur ce blog, les relations entre géopolitique et économie sur le pouvoir grandissant des créditeurs des Etats-Unis. La propagation à la sphère réelle est un élément qui touche plus encore de pays. La Chine et le Japon par exemple, principaux exportateurs vers les USA n’ont pas intérêt à voir ces économies se contracter fortement.

La propagation à la sphère réelle

Car aujourd’hui, le marché inter-bancaire est inexistant, les banques ne se font plus confiance entre elles. Or ce marché est d’habitude le principal pourvoyeur de liquidités dans les économies. Sans ce marché, les banques ont moins qu’auparavant en liquidité disponibles. Dès lors, nous tendons vers un rationnement du crédit. Certains projets ne trouverons plus de financement. L’activité économique ralentit donc mécaniquement et l’on sait que cela peut entraîner des plans de licenciement, des investissements plus faibles dans les innovations, et encore plein d’autres choses pas souhaitables. Espérons qu’avant la crise, un certain nombre de projets de mauvaise qualité étaient financés, auquel cas ce ralentissement du crédit aura ceci de bon qu’il imposera aux banques de ne plus favoriser que les projets de bonne qualité. Mais dans les faits, les banques sont tellement frileuses que même les bons projets ne seront plus financés. A l’image de leurs prises de risque excessives dans les années passées, elles font état d’une frilosité elle aussi excessive. C’est un cercle vicieux, les bons projets, malgré leur qualité, ne seront pas aussi rentables que prévus, parce que justement l’économie se ralentit, et cela réduit encore plus l’activité économique.

Donc la sphère réelle est belle et bien touchée et nous n’en voyons que les prémices. Maintenant que les contribuables réalisent cela, alors les effets peuvent être pires. Eux-mêmes ne consomment plus car ils ont peur de l’avenir, en théorie ils épargnent. Mais avec l’origine actuelle de la crise, un certain nombre de particuliers vont préférer leur matelas aux comptes bancaires. Donc cela va encore réduire les liquidités à dispositions des organismes financiers, alimentant encore le cercle vicieux. C’est la raison pour laquelle la garantie des dépôts est cruciale car ceux-ci représentent, avec les injections de liquides par les autorités, la seule source de liquidités pour les banques. Si cette source venait à se tarir, nous n’aurions pratiquement plus fuel dans l’économie.

La mécanique de la crise

Paul Krugman a sorti un petit document d’une douzaine de pages au sujet de la crise. Il souligne que contrairement à la crise de première génération, celle-ci ne trouve pas ses raisons dans la sphère réelle. Il aurait été possible d’imaginer que les tensions sur les marchés des matières premières, par l’accroissement qu’elles ont induit de la part des dépenses des ménages et entreprises affectée aux matières premières, auraient réduit l’activité des économies ainsi que l’aptitude des ménages déjà endettés à rembourser les crédits subprimes. Même si ce mécanisme n’a sûrement pas contribué à une amélioration de la situation financière mondiale, il semble que le principal problème provienne des fameux effets de leviers avec lesquels jouent les organismes financiers. Ceux-ci leurs permettent d’agir sur des sommes bien plus importantes que celles dont ils disposent réellement. Krugman montre alors de manière assez intuitive que les entrecroisements de ces leviers à l’échelle du monde sont un élément dont la force pourrait être à l’origine du marasme actuel. Les leviers ont permis des transmissions multiplicatives des effets sur les prix des actifs que les organismes s’échangent. Par conséquent, il souligne que les liquidités ne sont pas au cœur de la mécanique, alors que le capital l’est, via les comptes des grandes institutions financières. Selon lui, il est donc indispensable d’agir en premier lieu au niveau du capital en renflouant les banques. Egalement, il insiste sur la nécessité d’agir de façon concertée entre les pays, car les interconnexions entre tous les pays sont au cœur de la mécanique à l’origine de la crise.

Ainsi, voici les premières choses que l’on peut dire au sujet de cette crise. Il va de soi que nous continuerons à guetter les contributions sur ces sujets.

UPDATE [15/10/2008]: Lire sur telos cet article très utile à la compréhension des mécanismes en jeu ainsi que des plans US, britanniques et européens.

UPDATE [16/10/2008]: Voici une contribution sur vox au sujet de la redistribution auprès des contribuables.


La géopolitique et la sphère économique

octobre 5, 2008

Les politologues s’accordent à dire que le pouvoir économique a pris le pas sur le pouvoir militaire (sans pour autant dire que ce dernier n’a plus d’importance). Pourtant, le 08 Août dernier, la Russie faisait une démonstration de force en Géorgie, comme annonçant son retour sur la scène internationale.

Est-ce un retour en arrière? La Russie n’aurait-elle pas saisi l’évolution de la balance des pouvoirs?

A ces questions, pas de réponse tranchée. Comme nous allons le voir, ces deux domaines s’auto-influencent. Il est aujourd’hui relativement certain que les conflits ont des effets importants sur les relations économiques. De même, l’économie a sans équivoque un effet sur les conflits armés et sur les relations géopolitiques plus largement.

De façon générale, les sciences économiques ont un train de retard sur les sciences politiques en la matière. Cela fait bien longtemps que les politologues s’intéressent aux relations entre ces deux sphères. Les économistes, quant à eux, s’en sont emparés seulement récemment.

Les travaux économiques récents soulignent ainsi clairement la causalité circulaire entre géopolitique et économie. Entre autres, Martin, Mayer et Thoenig (2008) travaillent sur la relation entre conflits et commerce. Ils montrent qu’en fonction de l’ouverture d’un pays, de la structure de son commerce, la probabilité d’un conflit va changer. Un résultat éloquent est que le mondialisation, en cela qu’elle entraîne un accroissement du commerce avec le reste du monde, et donc une baisse relative de la part du commerce des pays avec leurs proches voisins, peut entraîner une augmentation du risque de conflit. Ceci simplement car le coût d’opportunité de la guerre baisse, puisque la part du commerce que représentent les proches voisins diminue. Or, c’est cette même part qui représente ce coût puisqu’il semble logique qu’en temps de guerre, les relations commerciales cessent. Ce flux de commerce représente ainsi un coût de la guerre, au-delà de l’investissement dans l’armée. La diminution de celui-ci va alors rendre plus avantageuse la guerre qu’auparavant.

Ce type de mécanique souligne les interdépendances entre les deux sphères avec une théorie on ne peut plus intuitive. D’autres travaux mettent en évidence le rôle pacificateur des accords régionaux car ils accroissent les flux entre pays voisins. Une autre littérature souligne le rôle stabilisateur de l’économique. Maintenir un pays dans un état économique relativement sain et en ligne avec les fondamentaux des grandes économies développées est sûrement un moyen de réduire le risque de voir le pays changer de bord géopolitique.

Comment replacer les évènements du mois d’août dernier dans ce genre d’analyse? La Géorgie a agi comme un élément incontrôlable vis-à-vis de ses alliers occidentaux. Elle a obligé les membres de l’OTAN à se positionner dans le conflit. Dans le même temps, la Russie qui cherche à la fois à recouvrer une place d’importance sur la scène internationale et qui s’efforce de maintenir son ascendant sur cette région du globe, a réagi instantanément en envoyant ses troupes dans les deux régions séparatistes de Géorgie.

La démarche est opposée en ce qui concerne la Chine. Elle qui a une image de géant économique qui ignore les droits de l’homme a cherché à afficher une image de pays moderne et accueillant. Ainsi, nous avons d’un côté un pays qui essaie d’accroitre son pouvoir par une démonstration de force et un autre qui, dans le même objectif, cherche à masquer toute forme de force.

La situation économique des deux est probablement une des raisons de cette différence importante. En matière d’économie, la Russie a surtout de l’importance aux yeux du reste du monde grâce à ses matières premières, au premier rang desquelles le gaz et le pétrole. Or, en filigrane derrière l’action militaire russe, nous trouvons une question d’oléoduc devant éventuellement éviter les points d’influence russe par lesquels les actuels oléoducs transcontinentaux passent.

De son côté, la Chine est à la recherche d’une montée en gamme. Elle ne veut plus être considérée comme l’usine du monde. Son but est donc de s’affirmer petit à petit comme un acteur majeur de la scène politique internationale et pour ce faire, elle devait accueillir dignement le monde entier, faire oublier son image de pays ignorant les droits de l’homme et faire preuve à la fois d’un modernisme justifiant de son inclusion de les discussions politiques internationales mais également de son passé multi-millénaire afin de donner une image de sage, autre condition pour être acceptée en haut lieu.

Ainsi, deux méthodes très différentes pour obtenir une meilleure place sur la scène politique internationale. Mais il est clair que dans les deux cas, l’économique est là. Soit c’est un moyen, soit c’est en partie une fin. Aujourd’hui, il ne faut pas se tromper, malgré l’action militaire russe, l’importance économique est belle et bien la principale source de pouvoir sur la scène politique internationale. Sans l’action de la Géorgie, il n’est pas certain, voire peu probable, que la Russie soit intervenue militairement de son propre fait. Néanmoins, nous pouvons observer dans le cas russo-géorgien que le rapprochement de la Géorgie avec l’OTAN implique une quasi disparition de flux commerciaux entre les deux pays. Comme le souligne la théorie (ainsi que les études empiriques associées), les conditions étaient dès lors remplies pour un conflit militaire. La Géorgie a beau être dépendante énergétiquement de la Russie, elle a dû supposer que ses alliers de l’OTAN pourraient s’y substituer. Car pour que la Géorgie décide d’intervenir militairement en Ossétie, pourtant soutenue par la Russie, c’est qu’elle devait avoir estimé des coûts d’opportunité ridicules tant la probabilité qu’elle sorte gagnante de la confrontation était faible. Quelle réponse fut apportée par les pays occidentaux? Sur le plan militaire et diplomatique, une confrontation n’était pas souhaitable, surtout que les tensions sur les marchés de l’énergie sont fortes. Le FMI a donc consenti un prêt à la Géorgie. A défaut d’un soutien diplomatique fort, les pays dominateurs au FMI ont envoyé un signal. A nouveau, l’économique vient au secours du géopolitique.

Reste à voir maintenant ce qui l’emportera entre la prise de position militaire russe et la prise de dispositions économiques de la part des alliers « atlantistes ». Il est important de noter que la Chine a réagi relativement neutralement à l’action russe. Sa plus grande dépendance vis-à-vis du reste du monde l’incite nécessairement à moins de vigueur dans ses relations privilégiées issues du passé. Un aspect à ne pas négliger, souligné par les théoriciens des jeux (comme Robert Aumann, prix Nobel d’économie en 2005), est que l’équilibre de la terreur entretenu par le nombre faramineux de têtes nucléaires possédées par les grandes puissances est un élément qui tend à réduire le rôle du militaire. Il va même plus loin car il montre que le fait de toutes les supprimer serait probablement très néfaste pour le maintient d’une paix durable.

Un autre point à souligner est l’aspect hégémonique de certaines puissances. Les USA ont longtemps été vus (sûrement à juste titre à une époque) comme la puissance hégémonique du monde. Un essoufflement a déjà été observé, à cause de la montée en puissance de la Chine dans la sphère économique mondiale. La crise actuelle, bien qu’avant tout économique et financière, en ce qu’elle a obligé le pouvoir fédéral US à revenir sur son idéologie anti-interventionniste en matière économique, va certainement pousser en ce sens d’un monde plus équilibré. Dès lors, la question de la dette américaine va se poser car ses actuels détenteurs ont aujourd’hui la possibilité de prendre des libertés qu’ils n’avaient pas auparavant. En outre, l’échec de l’action unilatérale des USA en Irak leur a fait perdre du crédit sur le plan militaire également.

Ainsi, l’enchevêtrement des deux domaines est total et c’est la raison pour laquelle cette question est importante.


Chroniques et billets d’humeur – Economie et milieu naturel : la gestion des stocks de ressources, la polémique sur l’anchois…

août 2, 2007

Après quelques semaines d’absence pour cause d’activité professionnelle importante, je reviens animer le blog des cafés économiques. J’en profite pour revenir sur les discussion que j’ai eu avec Aureliano Buendia au sujet de l’économie et de l’environnement concernant ses articles sur les externalités : ici et .

Avant de revenir sur la question des rejets et des effets externes, je commencerai par un sujet d’actualité de la seconde 15aine de juillet sur les quotas de pêche à l’anchois…

Bref rappel de l’histoire sur l’interdiction de la pêche de l’anchois dans le Golfe de Gascogne.

Outre le fait que l’anchois est un poisson avec des poils ;-), mi-juillet, des pécheurs des Sables d’Olonne (Vendée), de Saint-Gilles-Croix de-Vie (Vendée) et de La Turballe (Loire-Atlantique) se mobilisent afin d’obtenir un quota de 3000 à 4000 tonnes d’anchois, alors que la Commission européenne avait décidé de ne pas rouvrir la pêche à l’anchois dans le Golfe de Gascogne.

« En juillet 2005, la pêche avait été suspendue lorsque la Commission avait constaté que la situation biologique du stock avait atteint le seuil critique de 15000 tonnes alors que le quota de pêche prévu pour l’année était de 30000 tonnes ». (Coulisses de Bruxelles, UE par Jean Quatremer).

Les stocks actuels estimés sont de 30000 tonnes contre 18000 il y a un an. Le mercredi 18 juillet, la Commission annonce un maintien de l’interdiction afin de préserver la ressource.

Michel Barnier, Ministre de l’agriculture (et accessoirement ancien commissaire européen !) stigmatise Bruxelles et annonce alors qu’il va défendre le cas des pêcheurs français afin d’obtenir un quota de pêche pour les 3 mois d’été, jugeant que le risque d’extinction des anchois était faible par rapport au risque d’extinction de la filière pêche en France.

Bon nombre de media lui emboîtent le pas sans plus de discernement (par exemples Le Monde ou TF1

Ainsi, comme sur le blog des cafés économiques nous traitons d’économie, je vais m’employer dans le présent article et dans des articles à suivre à examiner les rapports que l’économie et le milieu naturel peuvent entretiennent, n’étant pas précisément un économiste de l’environnement.

Dans les relations entre économie et milieu naturel, la question des anchois concerne la gestion d’une ressource (j’aborderai la question du traitement des rejets en économie dans de prochains posts).

Par conséquent, que dit l’économie au sujet des stocks de ressources ? Pourquoi Michel Barnier monte au créneau ou que Jean-Louis Borloo, numéro 2 du gouvernement en charge de l’environnement, ou Nicolas Hulot jusqu là su bavard ne disent rien ?

La gestion des prélèvements d’une ressource

Les richesses naturelles sont considérées comme des stocks de richesses productives à gérer dans le temps. L’évolution temporelle d’une ressource est données par :

où St est le stock de ressources à la période t et St+1 à la période suivante ; N+t les apports naturels en t ; Nt les pertes naturels en t ; H+t les apports économiques en t ; et Ht les prélèvements économiques en t.

  • Une ressource est reproductible si les apports économiques sont supérieurs aux prélèvements économiques (sinon elle est non reproductible).
  • Une ressource naturelle est renouvelable si les apports naturels sont supérieurs aux pertes naturelles.
  • Une ressource est épuisable si les prélèvements économiques et les pertes naturelles sont supérieurs aux apports économiques et naturels, ce qui était le cas de l’anchois.

Le problème de manque d’incitation à préserver la ressource

Meade ou Coase soulignent qu’un mauvais partage des droits de propriété, ou une absence de droits, aboutit à une surexploitation de la ressource. Chaque agent a intérêt à tirer le maximum de la ressource s’il ne veut pas que les autres le fassent à son détriment. Pour ces économistes, l’appropriation privée conduirait chaque agent à se préoccuper de la pérennité de la ressource.

Pourtant, il paraît difficile de déterminer des doits de propriété sur les poissons de mer. Une première solution pourrait consister dans la formation d’un monopole national, ce qui inciterait effectivement ce pêcheur à tenir compte de l’épuisement de la ressource.

Mais se pose alors le problème de frontières. Ainsi les pêcheurs français s’en prennent-ils aux pécheurs espagnols : « le comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) « s’interroge sur les réelles intentions de la Commission européenne et se – demande si cette dernière n’est pas en train de déployer une stratégie d’éradication de la flotte française au profit d’une flotte espagnole qui », dénonce-t-il, dispose d’une flotte « en surcapacité de pêche, dépasse ses propres quotas, triche en pêchant du poisson sous taille et menace la pérennité de certains stocks ». » (L’Humanité du 21 juillet 2007)

De plus, la solution de la définition de droits privés pose le problème d’une réduction de la gestion de biens collectifs à une logique d’intérêts individuels ignorant les niveaux d’organisation et les conflits.

Un problème d’ajustement du prix

Théoriquement, l’offre, la demande et le prix devraient s’ajuster avec la raréfaction de la ressource. L’épuisement devrait faire augmenter le prix, réduire la demande et en même temps rendre possible des substitutions, soit une modification des achats alimentaires dans le cas de l’anchois.

S’il s’agissait du pétrole, la raréfaction de la ressource conduirait :

  • à l’augmentation du prix du pétrole,
  • à rendre rentable des gisements jusque là non rentables,
  • à rendre les énergies alternatives relativement meilleur marché,
  • à faire baisser la demande de pétrole et à inciter à des économies d’énergie.

Toutefois, d’autres facteurs économiques tels que la croissance économie des pays émergeants ou les mécanismes de couvertures sur les marchés à termes et sur les marchés d’options peuvent limiter la baisse de la demande ou l’influencer à la hausse.

De toute façon, dans le cas des anchois, chaque pêcheur a intérêt à exploiter le maximum de la ressource dans le délai le plus bref au risque de voir les autres pêcheurs le faire, conduisant à la disparition de l’espèce. La mise en place de quotas s’avère par conséquent la solution la mieux à même de la préserver.

La solution des quotas et absence de mutualisation des risques en France

Ainsi, afin de préserver la ressource dans une situation où plusieurs acteurs ont accès à cette ressource, une autorité de régulation met en place des quotas de quantités de ressources prélevées.

Mais les pêcheurs français sont contraints de rentabiliser les lourds investissements qu’ils ont réalisés. Même si leur outil productif leur a permis de diversifier leur pêche, la réduction des quantités qu’ils sont autorisés à prélever les place dans une situation financière difficile. Ceci explique la réaction de Michel Barnier, qu’elle soit sincère ou de façade.

Alors pourquoi alors les pêcheurs espagnols ne contestent pas les quotas imposés ? Soit, ils bénéficient de quotas plus élevés qu’en France, mais l’Espagne est un pays de tradition de pêche, dont l’anchois, contrairement à la France. Mais c’est surtout parce que les pêcheurs espagnols se sont dotés d’un système de mutualisation des risques permettant d’amortir les fluctuations liées aux plus ou moins grands rationnements d’accès à la ressource, contrairement aux pêcheurs français.

Ainsi, plutôt que de stigmatiser la Commission ou de faire appel à des aides exceptionnelles, ce faudrait-il pas penser la mise en place de mécanismes d’assurance contre ces risques ? On rejoint ici l’idée soulevée par Jean-Louis Guerin sur les retraites : la mise en place de systèmes de couverture dans les métiers plus à risque.


Paru sur un autre blog : le débat sur le contrat de travail unique…

juin 27, 2007

Suite au dernier café économique sur le contrat de travail unique avec Gilbert Cette, je signale un article sur ce débat sur AgoraVox aujourd’hui : « Faut-il fusionner CDD et CDI en un contrat unique« .

Le compte rendu du dernier café est ici et les photos !


La République des blogs

juin 27, 2007

Ce soir, mercredi 27 juin 2007, je serai à la dernière République des blogs avant les vacances.


à partir de 19 heures
au café le pavillon Baltard…

Le Pavillon Baltard : 9, rue Coquillère, Paris 1er.
C’est juste derrière la Bourse du Commerce, quasiment à l’angle avec la rue du Louvre. Métros Les Halles ou Louvre Rivoli.

C’est un bon moyen pour les blogueurs de se rencontrer, d’échanger, de monter des projets… pour moi, entre autre de parler de mon blog d’économie, des Cafés économiques, et de boire des coups !

Aux républiques précédentes, j’ai pu y croiser Aureliano Buendia, Bertrand CAP21 Normandie, Carlo Revelli, Casabaldi, Claire Grande Question et FAQ pour les hommes libres, Charlie, Corinne Lepage, Eco no myth, Hugo d’Isegoria et Regard sur…, José, Laurent Guerby, Nicolas Marandon, Quitterie Delmas, Rémi, Seb, SoAnn… et j’en oublie beaucoup.


Compte rendu du café économique du jeudi 14 juin, 20h à La Ménagerie : le contrat de travail unique…

juin 20, 2007

Compte-rendu par Emmanuel Pont de skav.org blogs éco et Wince des cafés économiques.

L’invité était Gibert Cette.

Le contrat de travail unique relève à la fois de l’économie et du droit social. On peut pourtant être frappé par le contraste de ses appréciations : une approbation quasi unanime des économistes, et une désapprobation tout aussi forte des juristes du travail.

Gilbert Cette a basé son intervention sur le rapport qu’il a rédigé avec Jacques Barthélémy et Pierre-Yves Verkindt pour le Conseil d’orientation pour l’emploi : “Contrat de travail, sécurisation des parcours professionnels et efficacité économique“.

Pour les auteurs de ce rapport, qui ont pris soin de réunir ces différentes cultures, le contrat de travail unique répond assez mal aux objectifs qu’il se donne, alors qu’il présente un risque fort de judiciarisation et privilégie une approche réglementaire des relations sociales, ne permettant pas de négociations au sein des entreprises. Gilbert Cette se propose d’analyser le contrat selon cet angle, et de présenter d’autres solutions axées principalement sur la négociation.

Les 2 plus influents rapports d’économistes sur la question sont les suivants :

L’écueil du contrat unique, tel qu’il sera développé lors de cette soirée, est le développement d’un arsenal juridique excessif, assorti d’une confiance trop forte dans le contrat de travail par rapport à la faiblesse du dialogue social et de la syndicalisation.

Comment moderniser le droit du travail malgré ce risque ? Notre règlementation nationale pléthorique est largement critiquée, mais la réduire diminuerait aussi la protection des salariés, qui reste la raison d’être principale de ce droit. La solution est une plus grande ouverture au droit dérogatoire : réduire le cadre réglementaire général et offrir une vraie marge de manœuvre pour développer les conventions et accords collectifs.

Les objectifs couramment avancés pour le contrat unique, qui seront repris au cours de l’exposé, sont les suivants :

  • (1) réduire les inégalités de statut entre CDD et CDI,
  • (2) réduire la complexité du code et le coût des incertitudes de la judiciarisation,
  • (3) internaliser le coût social des licenciements, responsabiliser les entreprises.

1) réduire les inégalités de statut entre CDD et CDI.

La principale inégalité en France reste entre le privé et le public, qui représente 21% de l’emploi alors que les CDD, Intérim et apprentissages ne comptent que pour 9%. Le CDD ne s’élève qu’à 4%, mais la population touchée par les contrats précaires est plus importante que la mesure d’emploi en raison de la rotation. Le contrat de travail unique ne résoudrait pas la question des intérimaires. Il faut surtout noter que le CDD répond à des besoins légitimes des entreprises et des salariés. Le problème est posé par les CDD « abusifs », détruisant du capital humain, ce qui est très difficile à mesurer ou juger. Les indemnisations de chômage liées aux contrats précaires s’élèvent à 7 milliards d’euros par an (sur 30 milliards de budget de l’UNEDIC), pour seulement 1 milliard de cotisations associées. Quelle part peut être mise au compte de la solidarité, et combien pour les abus ? Il n’y a pas de réponse générale.

Gilbert Cette préconise de garder les deux statuts, car on a besoin de CDD. La piste la plus intéressante est celle d’une prime de précarité plus élevée, dont le niveau doit être étudié soigneusement par rapport à la prime de licenciement des CDI. Ce mécanisme serait analogue à la prime de licenciement du rapport Cahuc-Kramarz. L’enjeu est la difficulté de définir légalement le bon et mauvais usage sans produire un arsenal juridique excessif. A la place une taxe permet d’internaliser le coût de la précarité. Elle doit impérativement pouvoir être modulée par accord collectif majoritaire, seul niveau auquel il est possible de juger de la nature abusive ou non du travail. Restent les risques de collusion liés à cette rente financière.

2) réduire la complexité du code et le coût des incertitudes de la judiciarisation

La judiciarisation est le nœud du problème. Si le contrat unique permettrait d’en finir avec la prolifération des contrats (30 différents), il augmenterait finalement le risque. D’après la convention 158 de l’OIT, tout licenciement doit être motivé. Ainsi la possibilité de contestation reste ouverte, avec une prescription de 30 ans en France. Cette contestation passe par le recours aux prud’hommes, constitués de juges non professionnels, avec un délai et un aléa de jugement très forts : le juge est libre d’apprécier le préjudice, sans aucun encadrement.

Au contraire le CDD limite ce risque, son statut est défini clairement et sa fin n’ouvre à contestation que dans des cas exceptionnels.

Toute solution doit viser à réduire le délai et l’aléa juridique. L’orientation préconisée est celle d’arbitres professionnels désignés par accord collectif majoritaire (mais pas forcément pour les procédures d’appel). Ainsi le juge est professionnel, payé par l’entreprise mais choisi collectivement, et la procédure va vite. Au Pays-Bas ce dispositif a été mis en place pour un avis consultatif seulement : en cas de contestation l’affaire passe en cour. A l’usage l’arbitre a presque pris le pouvoir de décision, car tous les recours ont abouti au même avis que l’arbitre.

La principale raison avancée par les partisans du contrat unique est l’efficacité économique d’une plus grande fluidité du marché du travail. Pour Gilbert Cette le principal obstacle à la fluidité, qui reste un objectif à poursuivre par ailleurs, est justement l’aléa juridique.

Des affaires comme « Majorette » ont pu faire dire à des économistes que le juge n’a pas la compétence à juger de licenciements économiques (pourtant il est libre de faire appel à toute expertise requise). Ce risque, en l’occurrence devoir réintégrer des salariés et payer les années manquantes, est un risque énorme pour les entreprises, qui pourrait être amplifié par l’incertitude juridique sur des contrats comme le CNE. Le contrat unique, en étendant les possibilités de contestation, amplifierait nettement ce risque. Le rapport suggère donc de réduire la durée de prescription, et même de lier la perception de la prime de licenciement à l’abandon de la prescription (ce qui pose des difficultés d’ordre légal).

3) internaliser le coût social des licenciements, responsabiliser les entreprises

Sur la sécurisation des parcours professionnels il y a peu à redire au rapport Cahuc-Kramarz : le prime de licenciement croissante avec l’ancienneté mais moins que proportionnellement est un bon principe. La contribution de solidarité doit prendre en compte à la fois l’ancienneté et le coût de reclassement.

Est posée la question des problèmes pour les consommateurs, notamment l’accès au logement ou au crédit pour les titulaires de contrats « précaires ». Gilbert Cette répond qu’ils seraient mieux traités par des politiques spécifiques que par le contrat unique, et qu’il vaut mieux dans ce cas éviter de mélanger les problèmes.

Est posée la question des seuils de tailles d’entreprises, qui ont des effets observés importants. Une solution proposée est que les reclassements n’affectent pas les effets de seuil, et remplacer l’obligation de reclassement par une obligation financière, permettant de transférer le reclassement à des professionnels.

Est posée la question des démissions : on a peu de visibilité sur leurs conditions, il y a peu de recours, mais une prescription de 30 ans qui pose un risque. Elle peut s’expliquer par exemple dans le cas des « entreprises qui se connaissent », où l’on handicape fortement ses possibilités de réembauche dans le même secteur en contestant des démissions forcées ou à la suite de harcèlement.

Est remarqué que la théorie des contrats préconise justement de les moduler selon les besoins et circonstances pour limiter les comportements opportunistes des acteurs.

Est posée la question de la difficulté pour certains employeurs à garder leurs salariés. Elle reste ouverte dans l’état actuel du débat public.

En conclusion Gilbert Cette rappelle que les questions de contrat de travail portent à la fois sur l’économie et le droit social, et qu’il est dommage qu’on n’invoque souvent qu’un seul côté. Malgré l’importance des considérations d’efficacité économique il ne faut pas oublier les droits fondamentaux et le droit international.

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