Les 360 milliards du gouvernement

octobre 28, 2008

Il est nécessaire de faire une mise au point quant aux fameux 360 milliards d’euros annoncés par le gouvernement afin de faire face à la crise.

On entend trop régulièrement la formule devenue presque classique consistant à dire que le gouvernement trouve sans problème cette somme plus que rondelette pour les banques et rien pour les employés, le pouvoir d’achat, etc …

Le but de ce post n’est pas de défendre le gouvernement face à cela, ni de nier que les citoyens du monde entier auraient bien besoin d’un coup de pouce. Il s’agit simplement de souligner que ces milliards n’ont pas d’existence réelle, contrairement à l’argent qui serait nécessaire pour venir en aide aux nombreuses victimes de la crise.

Je m’explique. Cet argent est une garantie apportée par le gouvernement pouvant aller jusqu’à 320 milliards d’euros, plus une possible recapitalisation de 40 milliards, si nécessaire. Le but ici n’est pas de dépenser tout cet argent, mais de rassurer les investisseurs, de relancer le crédit inter-bancaire.

Comme expliqué dans un précédent post, le crédit inter-bancaire est atone car les banques ne se font plus confiance. En garantissant ces prêts, l’idée est de permettre aux bonnes créances de reprendre cours. Cet argent ne sera dépensé qu’en cas de défaut de paiement d’une banque. Pour faire simple, cela fonctionne comme un garant pour louer un appartement. Si le locataire fait défaut, alors le propriétaire peut se retourner vers le garant et lui réclamer cette somme. Au même titre que ce mécanisme permet à certaines personnes, comme les étudiants, ayant peu de moyens de trouver des logements, la garantie du gouvernement souhaite jouer ce rôle.

Il est donc faux de comparer cette somme à ce qui pourrait éventuellement permettre d’aider les victimes de la crise, car dans ce dernier cas, l’argent ne serait pas une simple garantie.

On peut néanmoins se poser quelques questions. Le but avoué de restaurer la confiance entre les banques est en réalité, dans cette logique, une étape nécessaire pour relancer le crédit auprès des investisseurs et des particuliers. Mais nous ne sommes pas certains que c’est cet usage qui sera fait des crédits débloqués entre les banques.

En outre, les 600 millions d’euros perdus par la caisse d’épargne laissent entrevoir le risque d’aléa moral. Alors que le but est de permettre aux « bons projets » d’être financés, la garantie de l’état inciterait à des prises de risque inconsidérées de la part des banques, car elles sont certaines qu’en cas de pépins, l’état paiera leurs créances et injectera dans leur capital si la situation est trop difficile. Cela renforce le risque de voir cette garantie utilisée à mauvais escient.

Ainsi, la rhétorique sur le mauvais emploi de cet argent est clairement démagogique et ne permet pas de se poser les bonnes questions à ce sujet.

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Modes du soumission

avril 26, 2008

Le même jour, je me retrouve à lire un document de travail du NBER sur le mode de publication au Journal of International Economics, écrit par Ivan Cherkashin, Svetlana Demidova, Susumu Imai et Kala Krishna et un article écrit par Dewatripont et Tirole paru dans le Journal of Political Economy.

Du premier, il ressort que le fait d’envoyer un signal, via son CV en ligne par exemple, peut avoir un effet négatif dans la mesure où les auteurs montrent qu’en supprimant les 40% des papiers qui ont le moins de chance de publier – ceci étant établi sur la base de critère comme l’année de soutenance, l’institution d’appartenance ou encore le passé en matière de publications entre autres – la marge d’erreur serait seulement de 8% dans l’ensemble. Elle tombe même à 0% lorsque seuls les papiers à un auteur sont considérés. Il est intéressant de noter que le fait de ne retenir que le meilleur auteur pour les co-écritures ne change pas ceci. Intuitivement, il semblerait que co-écrire puisse permettre de passer au travers, malgré des critères faibles. Néanmoins, comme nous allons le voir, il est probable que ceux qui n’ont pas mis en ligne leur CV sont parmi ces 40%.

Le second papier, quant à lui, est un modèle théorique qui traite des modes de communication.

Il m’est venu l’idée d’un parallèle entre ces deux travaux. Dans le modèle théorique, nous trouvons un envoyeur et un receveur, il n’est ici pas nécessaire d’expliquer le parallèle. Le premier doit transmettre une information visant à inciter le second à mettre en œuvre une politique donnée. Celle-ci rapporte avec certitude un gain à l’envoyeur, mais pas pour le receveur qui peut soit y gagner, soit y perdre, d’où l’importance de l’information qu’envoie le premier.

Plusieurs jeux sont considérés. Tout d’abord, l’envoyeur ne connaît pas la rémunération associée à la politique qu’il souhaite voir mise en œuvre. Puis il la connaît. Ensuite, ils envisagent la possibilité d’envoyer ce qu’ils nomment un « cue message», venant compléter les « issue relevant messages ». Le premier a pour vocation d’informer le receveur de la crédibilité de l’envoyeur. Dès lors qu’un tel message existe, il est optimal pour le receveur de le considérer en premier, avant d’observer l’information.

Ainsi, et tous ceux qui ont eu l’occasion de faire des rapports le confirmeront, il est préférable de lire le CV du ou des auteurs avant de commencer à lire le papier soumis.

Ce dernier jeu se place dans l’hypothèse que l’envoyeur ignore le gain du receveur. Techniquement, cela semble crédible. Le fait de soumettre un papier signale tout de moins que l’auteur juge son travail de bonne qualité. Ainsi, le fait de le publier apporterait évidemment un gain positif pour l’auteur. En revanche, il n’a pas forcément idée de ce que l’éditeur gagnerait ou perdrait à le publier, cela dépendant de la qualité de la revue et des retombées suite à la publication, en matière de citations par exemple, ce qui n’est pas maîtrisable.

Donc le CV a une importance très grande. Plus l’auteur est « capé », plus l’appréciation de son travail est proche de celle qu’en ferait l’éditeur d’une bonne revue. Ceci pourrait être l’expression de la congruence définie par Dewatripont et Tirole comme l’intérêt commun entre les deux joueurs. Plus celle-ci est grande, plus la probabilité que le gain soit positif pour le receveur l’est également. La congruence va alors accroître le gain du receveur directement, le fait de savoir que l’auteur est connu renforce la probabilité d’un bon choix de l’éditeur/referee, et indirectement via l’effort de l’envoyeur, ce dernier sachant qu’il a de bonnes chances de publier va fournir l’effort nécessaire afin d’être certain que l’information (la qualité du papier) soit comprise.

Le « cue » fonctionne de façon dichotomique en matière d’effort dans le modèle du JPE. A nouveau, le parallèle semble fonctionner puisque si l’auteur met son CV et que l’éditeur/referee le googlelize, alors le signal sera communiqué. Sans ces deux actes combinés, le signal est pratiquement imperceptible.

Le résultat de ce jeu est alors que, si le signal « cue » apporte de mauvaises nouvelles, alors il évacue la communication de l’autre car le receveur ne fera aucun effort. Donc vous êtes rejetés par l’éditeur par exemple. Si le signal « cue » véhicule de bonnes informations, sans que la congruence soit suffisante, alors les deux modes de communication coexistent, les deux font un effort afin que l’information soit transmise et assimilée : c’est la qualité du papier que l’on cherche à apprécier. Enfin, si le signal « cue » apporte des bonnes informations et que la congruence est grande, alors pas de communication de l’information, vous acceptés sans révision. Donc tout se passe, pour la plupart d’entre nous, dans la deuxième catégorie.

Ici, l’effort que vous faites pour être compris est crucial, car il pèse sur l’effort que fera le receveur (éditeur/referee) pour vous comprendre. En effet, dans le papier de Dawatripont et Tirole, ces efforts sont des compléments. Plus l’envoyeur fait d’effort, plus cela pousse le receveur à en faire. Il semble clair que pour la compréhension d’un papier, nous sommes dans une situation comparable. Une bonne introduction incitera certainement l’éditeur/referee à lire consciencieusement votre travail. Pour nous français, cela souligne la nécessité d’une relecture par un anglais au préalable pour les revues anglo-saxonnes.

Un autre élément est que dès lors qu’envoyer le signal est peu cher, alors toute absence de celui-ci induira automatiquement que vous avez de mauvaises informations à cacher. Moralité, il est indispensable, à l’heure d’une soumission à une bonne revue, d’avoir au moins son CV à jour en ligne, sans quoi il est probable que vous ne passerez pas l’éditeur. En effet, le coût de nos jours pour mettre en ligne au moins son CV est quasi-nul.

Donc pour que le receveur/editeur choisisse la politique (publier votre travail), il faut que vous envoyiez un signal (CV en ligne) suffisamment bon. La congruence doit être bonne, celle-ci étant liée à vos précédentes publications, à vos références, votre institution etc. Enfin, l’effort que vous fournissez est d’une grande importance. Il est clair qu’une bonne introduction avec une problématique séduisante et un résultat clair et novateur sont autant d’atouts qui vont inciter l’éditeur/referee à jauger votre travail. Ensuite, il faut toutefois que le papier soit au niveau, une l’information assimilée.