Billet d’humeur et autres contrariétés quotidiennes : le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail

mai 25, 2007

Aujourd’hui, dans la chronique de Laurent, je reviens sur la question du partage de la valeur ajoutée entre rémunération du capital et travail.

Cette question avait été abordée dans un post précédent, « Paru sur d’autres blogs : rémunération du travail, rémunération du capital, et répartition de la richesse » et sur Optimum dans l’article « Répartition capital-travail : les trois erreurs d’Olivier Besancenot« .

Le graphique d’aujourd’hui porte sur ce partage de la valeur ajoutée sur longue période.

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Source : Piketty, T. (2001), Income Inequality in France 1901-1998.

Selon la période considérée, les évolutions de la rémunération relative du capital et du travail ne sont pas perçues de la même manière. En effet, si l’on regarde la répartition revenu du capital – revenu du travail à partir du début du siècle, alors elle paraît plutôt stable, alors que si on prend 1980comme origine alors la rémunération du capital semble avoir augmentée.

Gribouillis économiques (que je reprends ici) propose plusieurs pistes de réponses à la baisse de la rémunération du travail depuis 1980 :

La baisse provient pour l’essentiel de l’industrie. Giammarioli, Messina, Steinberger et Strozzi (2002) (European Labor Share Dynamics : An Institutional Perspective) avancent les causes suivantes :

  • Déclin du syndicalisme (de 15% à 9% d’adhérents),
  • Restructurations industrielles (charbon, acier, construction navale…) au profit de l’électronique et des services,
  • Réformes du travail : temps partiel, intérim (qui rendent l’adhésion syndicale plus difficile),
  • Fragmentation syndicale,
  • Forte hausse du taux de chômage (de 6,4% en 1980 à 10,4% en 1988),
  • On retrouve la même « bosse » de 1975 à 1990 dans la plupart des autres pays d’Europe continentale.

Blanchard (1998) (Blanchard, O. (1998), Revisiting European Unemployment : Unemployment, Capital Accumulation, and Factor Prices, NBER W6566) propose un autre modèle :

  • Dans les années 70, les salaires ne se sont pas ajustés au ralentissement de la productivité totale des facteurs. Cela a mené à une baisse de la part du capital, et à une hausse du chômage.
  • Dans les années 80, les firmes ont investi dans des technologies utilisant plus de capital et moins de travail, d’où une hausse de la part du capital et une augmentation régulière du chômage.
  • La modération salariale depuis le milieu des années 80 n’a pas annulé cette évolution, du fait d’une demande de travail inférieure pour un stock de capital donné.

Graph du jour : immigration et logement

mai 10, 2007

Rappel : le café économique,

c’est ce soir à 18h00

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En 1990, un tiers des immigrés vivaient dans l’agglomération parisienne et près des 2/3 dans des unités urbaines d’au moins 100 000 habitants. La quasi-totalité des immigrés d’origine portugaise vivent en régions parisienne ou bordelaise.

La notion de réseau n’explique cependant pas à elle seule les choix de localisation des migrants. La répartition géographique des immigrés en France est également le résultat de la localisation des bassins d’emplois. Elle est aussi liée aux possibilités de trouver un logement, possibilités qui dépendent de la position sociale des demandeurs et de leur nationalité, conduisant à certaines formes de ségrégation (Lévy-Vroelant, 2004, p. 161).

Enfin, le plus ou moins bon accueil réservé aux populations immigrées par les ressortissants nationaux, influence fortement l’attractivité de certains territoires.

Le nombre de ménages étrangers ne disposant pas des éléments de confort ordinaires a diminué. En 1990 : 73 % des ménages immigrés disposent de logement « tout confort sanitaire » (baignoire ou douche, WC intérieurs et chauffage central) contre 76 % en moyenne. Pourtant, cette moyenne masque la situation plus précaire des étrangers originaires du Maghreb et principalement d’Algérie : 10,8 % de logements sans douche ni WC contre 3,8 % pour l’ensemble des ménages. Le surpeuplement touche 18% des logements en France mais frappe plus de 40 % des logements occupés par des Maghrébins, Africains et Turcs.

Graphique : Ménages « très mal logés », en fonction de la zone d’origine (en % des ménages très mal logés)

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Notes : L’indice évaluant la qualité de l' »habitabilité » est calculé par l’auteur en combinant les caractéristiques d’équipement et d’occupation des logements.

Sources : Lévy-Vroelant, C. (2004), « Le logement des migrants en France du milieu du 19e siècle à nos jours« , Historiens et géographes, janvier 2004, n° 385, pages 147-165.


Immigration en France : origines des immigrés et raisons de leur mobilité

mai 9, 2007

La mobilité géographique porte sur deux types de déplacement :

  • la mobilité des personnes à l’intérieur du territoire national. Il s’agit de personnes qui se déplacent d’un département vers un autre département pour des raisons d’études et d’emploi.
  • les flux migratoires entre les pays.

Notons que jusqu’en 1880, est comptabilisé comme « étranger » celui qui est né hors du département, et les migrations saisonnières et définitives sont confondues.

Le solde migratoire était nul ou faiblement négatif entre 1994 et 1998 : entre -3 500 personnes en 1994 et -18 500 en 1996 selon les estimations d’Eurostat. Entre 1999 et 2004 la France a enregistré un solde migratoire positif de 112 450 personnes par an en moyenne (Eurostat). En 2005, selon l’INSEE, le solde migratoire s’est élevé à 95 000 personnes, contre 105 000 en 2004.

En 1999, 3,26 millions d’étrangers et 4,31 millions d’immigrés ont été recensés en France, soit environ 2 millions de ménages (INSEE). Les immigrés représentent 7,4 % de la population totale, proportion qui reste stable depuis 25 ans (recensement de 1975).

Les origines migratoires en France

Les origines géographiques des migrants ont fortement évoluées au cours de 40 dernières années (cf. graphiques 1). La France reste la destination privilégiée des maghrébins. Leur poids a fortement augmenté, notamment au détriment des migrants d’origine italienne, espagnole puis portugaise. Plus récemment, on peut noter une augmentation des populations d’origine turque et chinoise. Pour l’année 1998, selon l’OCDE, les cinq premier pays d’origine des migrants étaient l’Algérie (14,6 %), le Maroc (13,8 %), la Turquie (5,8 %), la Chine (4,9 %) et la Tunisie (4,6 %).

En 1998, les étrangers originaires de l’UE15 représentaient 33,8 % de la population étrangère en France, soit 2 % de la population totale (Eurostat).

Les raisons de la migration

Les motivations de la migration ne sont pas uniquement liées au marché du travail.

Si l’on prend en compte les flux migratoires en provenance de l’Espace Economique Européen (UE15 plus Islande, Norvège et Lichtenstein) et de la Suisse, le nombre des demandes de permis de séjour, hors renouvellement, atteignait 216 589 en 2003 (176 207 en 1997) et les motifs se répartissaient comme suit : raisons professionnelles 15,7 % (30,5 % en 1997), regroupement familial 41,1 % (27,6 % en 1997) et étudiants et stagiaires 25,2 % (23,8 % en 1997).

Depuis 2003, à l’intérieur de l’UE15, les flux migratoires sont facilités par la liberté de circulation dont jouissent les ressortissants des Etats membres (articles 39 à 42 du traité instituant la Communauté Européenne). Ainsi, les ressortissants européens n’ont plus besoin d’effectuer une demande de permis de séjour.

Par conséquent, en 2005, le nombre de cartes de séjour délivrées en France métropolitaine était, hors renouvellements, de 164 234 (contre 118 750 en 1997). Les cartes de séjour délivrées pour regroupement familial représentaient la moitié de l’ensemble (31,7 % en 1967). Les autorisations de séjour délivrées aux « étudiants et stagiaires » correspondaient environ à 1/4 (20,7 % en 1997) et celles délivrées pour « raisons professionnelles » seulement 7 % (contre 28,2 %) en 1997). Les statuts de réfugiés ont représenté 7,2 % des autorisations de résidence en 2005 (3,3 % en 1997). Lire le reste de cette entrée »


Graph du jour : la mobilité géographie

mai 4, 2007

En préparation du prochain café économique du 10 mai sur la mobilité géographique et le marché du travail avec Etienne Wasmer, voici deux graphiques extraits d’un article de recherche de Combes, P-P., Lafourcade M. et T. Mayer : 2005, « The Trade Creating Effects of Business and Social Networks: Evidence from France« , Journal of International Economics, 66:1-29.

Le graphique 1 présente la mobilité entre les départements pour la ville de Paris en fonction des réseaux de migrants : le nombre de personnes travaillant dans le même département de destination et qui sont nées dans le même département d’origine.

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Le graphique 2 présente la mobilité en fonction des métiers, toujours pour Paris : le nombre de métiers appartenants au même groupe d’activité économique dans les départements d’origine et de destination.

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Des graphiques pour les villes de Lyon et de Marseille sont également proposés par les auteurs dans l’article.

Si la proximité géographique est plus visible pour expliquer la mobilité des personnes au regard des réseaux de migrants, est-elle vraiment absente pour expliquer la mobilité en fonction des activités économiques ?

Les trois économistes montent que non.


Café économique : le graph du jour…

mars 25, 2007

Pour compléter le post ci-dessus

Les femmes sont plus exposées au travail à temps partiel, aux contrats à durée déterminée, aux interruptions de carrière que les hommes.

Les secteurs d’activité sont également marqués par les différences de genre : les taux de féminisation diffèrent fortement d’un métier à l’autre. Les métiers fortement féminisés sont souvent jugés comme plus faiblement qualifiés.

Le graphique 1 présente les taux de féminisation des 10 secteurs employant le plus de femmes. Ces 10 secteurs emploient 30 % des femmes en âge de travailler sur le territoire français en 2002.

Le graphique 2 complète le graphique 1. Il présente les taux de féminisation par secteur dans l’industrie en 1998.

Le graphique 3 présente les écarts de rémunération annuelle moyenne brute en 2002 par secteur entre les femmes et les hommes, permettant de mettre en relation les secteurs fortement féminisés et les plus faibles salaires des femmes.

(cliquer sur les graphs pour les agrandir)

Graphique 1 : Nombre de personnes par sexe dans les 10 secteurs employant le plus de femmes en 2002

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Note : le graphique est réalisé à partir de données de l’enquête emploi de INSEE. Source : Françoise Milewski, Sandrine Dauphin, Nadia Kesteman, Marie-Thérèse Letablier, Dominique Meda (2004), « Les inégalités entre les femmes et les hommes : les facteurs de précarité« , édition la découverte.

Graphique 2 : La féminisation dans les secteurs industriels (en %)

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Note : graphique tiré de « l’emploi industriel : les femmes aussi« , SESSI, n°145, avril 2001.

Graphique 3 : Les écarts de rémunération annuelle moyenne brute en 2002 par secteur entre les femmes et les hommes

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Note : graphique construit à partir de données de l’enquête emploi de l’INSEE disponibles ici.


Café économique : le graph du jour…

mars 21, 2007

Afin d’apporter quelques éléments de réponse complémentaires aux discussions sur les inégalités entre les hommes et les femmes à la retraite, notamment au sujet des différences de trimestres de cotisation, je reviens aujourd’hui sur les inégalités de genre sur le marché du travail.

Les femmes sont moins présentes sur le marché du travail que les hommes. Elles sont plus victimes d’interruptions de carrière, du chômage, de contrats à durée déterminée et du travail temporaire. Elles ont en moyenne un salaire inférieur à celui des hommes.

Les deux premiers graphiques présentent les taux d’activité par sexe et par âge en 1999 et 2005. Le taux d’activité mesure la part des actifs de la classe d’âge dans la population totale de cette classe d’âge, c’est-à-dire les personnes qui ont un emploi ou qui sont à la recherche d’un emploi.

Les deux graphiques suivants présentent les taux de chômage par sexe et par âge en 1999 et en 2005, c’est-à-dire la part des demandeurs d’emploi dans la population active par classe d’âge.

Enfin le dernier graphique représente le salaire net horaire par âge et par sexe dans l’industrie. Bon d’acc, la seule considération de l’industrie dans les différences de salaire n’est pas parfaite pour percevoir l’inégalité de salaire hommes-femmes : les femmes travaillent plus que les hommes dans les secteurs des services, et les salaires n’y sont pas forcément identiques. Je reviendrai sur les différences de métiers et de secteurs entre les hommes et les femmes dans un prochain post.

(cliquer sur les graphs pour les agrandir)

Graphique 1 : taux d’activité par tranche d’âge et par sexe en 1999 (en %)

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Note : pour plus de détails, voir les enquêtes sur l’emploi de l’INSEE.

Graphique 2 : taux d’activité par tranche d’âge et par sexe en 2005 (en %)

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Note : pour plus de détails, voir les enquêtes sur l’emploi de l’INSEE.

Graphique 3 : taux de chômage par tranche d’âge et par sexe en 1999 (en %)

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Note : pour plus de détails, voir le recensement de 1999.

Graphique 4 : taux de chômage par tranche d’âge et par sexe en 2005 (en %)

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Note : pour plus de détails, voir les enquêtes annuelles de recensement de l’INSEE.

Graphique 5 : Salaire net horaire par âge et par sexe dans l’industrie en 2003 (en euros)

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Note : pour plus de détails, voir Fiche 34 : structure des salaires dans l’industrie manufacturière du Ministère de l’industrie, source INSEE.


Café économique : le graph du jour…

mars 16, 2007

Les graphiques du jour portent sur les inégalités de pauvreté entre les hommes et les femmes. Ca m’amène à créer une nouvelle rubrique : inégalités de genre.

Les deux premiers graphiques portent sur les seuils de pauvreté. Le « taux de pauvreté » est mesuré par le rapport entre le nombre de pauvres et la population de la classe d’âge correspondante.

Un individu est considéré comme pauvre lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au « seuil de pauvreté ». Pour l’INSEE, ce seuil de pauvreté est fixé à 50 % en dessous du niveau de vie médian alors que pour Eurostat, il est fixé à 60 % du niveau de vie médian. Le niveau de vie médian est celui pour lequel 50 % de la population a un niveau de vie inférieur et 50 % un niveau de vie supérieur.

Quelles que soient les classes d’âge, il y a plus de femmes pauvres que d’hommes, sauf selon le critère de l’INSEE pour les 55 à 64 ans. Pourquoi y a-t-il plus de femmes pauvres que d’hommes ? Pourquoi l’INSEE retient-il un critère plus strict en terme de pourcentage de pauvres, mais pas forcément en terme d’écart ?

Ainsi, le taux de pauvreté chez les personnes âgées est moins fort que chez les jeunes. Mais les inégalités entre les hommes et les femmes peuvent être plus marqués. L’inégalité entre les hommes et les femmes est particulièrement marquée chez les plus de 75 ans. Selon le critère des 60 %, le taux de pauvreté des femmes est 1,3 fois supérieur à celui des hommes, contre 1,9 avec le critère des 50 %.

Afin de compléter les inégalités de revenus chez les personnes âgées, le graphique 3 montre le nombre de trimestres moyens de cotisation selon les genres et le graphique 4, le montant moyen de retraite globale.

(cliquer sur les graphs pour les agrandir)

Graph 1 : Taux de personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté de 60 % (en %)

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Graph 2 : Taux de personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté de 50 % (en %)

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Graph 3 : Nombre moyen de trimestre de cotisation par genre

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Graph 4 : Montant moyen de la retraite globale (en euros)

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Notes : Les données utilisées pour construire les graphiques proviennent de l’INSEE. Pour les graphiques 3 et 4, les données ne tiennent compte que des personnes percevant leur propre retraite (les retraités ne percevant qu’une pension de réversion sont exclus). Pour plus de détails : nombre et taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté selon leur âge et données sur les revenus et les retraites.