Les cafés économiques, seconde édition

juin 5, 2007

Voici le compte rendu des deuxièmes cafés économiques, contrairement à ce que vous pouvez croire, ce n’est pas moi mais bien Pierre qui l’a rédigé.

La seconde édition des cafés économiques s’est déroulé le 10 mai avec l’intervention d’Étienne Wasmer, économiste du travail. Professeur d’économie à Sciences-Po Paris. Il est également chercheur à l’OFCE, research fellow du CEPR (Londres), research fellow IZA (Bonn). Il a publié de nombreux articles sur le sujet et anime le blog “blog d’un économiste du travail” qui propose de nombreuses discussions sur le sujet.

Cette deuxième édition a confirmé le succès de la première. Il y avait beaucoup de monde (une trentaine, dont pas mal de personnes que les organisateurs ne connaissaient pas, ce qui est encourageant) et un débat s’est vite engagé sur la relation entre la mobilité géographique et le marché du travail.

Wasmer a rappelé qu’il s’agit là d’un sujet transversal qui va bien au delà de l’économie en tant que tel. En effet, le marché du travail et les mouvements d’emploi n’expliquent qu’une petite partie de la mobilité géographiques et les autres raisons (liées au contexte familial et au logement…) expliquent une grande partie de la mobilité.

Plan

1. Chiffres
2. Marché du logement
3. Capital social
4. Relation entre mobilité et éducation
5. Conclusion

Chiffres

1) En moyenne annuelle, 16% des individus changent d’endroit de résidence. Ce taux est de 7% pour l’Union européenne avec l’Italie et la Grèce dans la fourchette basse (3-4%), la France autour de 8,5% et les pays scandinaves dans le haut de la fourchette.

2) Raisons de la mobilité

Aux Etats-Unis, la mobilité intra-comté est due à 2/3 à des problèmes de logement, 25% des raisons familiales et seulement 5% à cause du travail. Dans le cadre de la mobilité inter-conté (>50km), les raisons professionnelles sont plus fréquentes (30%), 26% pour des raisons familiales et 32% à cause du logement.

Quelles sont les raisons qui poussent les individus à être plus ou moins mobile ? On regroupe généralement les raisons en quatre catégories : travail, famille, logement et divers.

1. Travail

60% changent de domicile à la suite d’une embauche ou d’une mutation professionnelle (job transfer)
10% changent de domicile en vu de faciliter leur recherche d’emploi (vont dans un bassin d’emploi dynamique)
20% cherchent à se rapprocher de leur emploi
7-8% changent de domicile pour des raisons diverses

2. Famille

1/4 changent de domicile à la suite d’un changement de leur statut marital
1/4 changent de domicile pour se mettre en ménage
1/2 changent de domicile pour des raisons diverses

3. Logement

1/3 changent de domicile afin d’avoir un logement plus grand
1/4 changent de domicile afin de devenir propriétaire
10% changent de domicile pour changer d’environnement
1/4 changent de domicile pour des raisons diverses (éducation des enfants…)

4. Divers

changement de climat
éducation supérieure
raisons de santé

2,8% des individus bougent pour des raison professionnelles aux États-Unis. 1,1% des individus bougent pour des raison professionnelles dans l’Union européenne.

Une des raisons qui peut être avancée pour justifier cet écart est que la durée d’emploi étant plus longue en Europe, les gens ont moins de raisons de changer de lieux de résidence.

Marché du logement

Le marché du logement français souffre de nombreux dysfonctionnement (discrimination, difficulté pour trouver un logement car il faut un dépôt de garantie, fiches de paie… ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres pays occidentaux) et pourrait être mieux organisé. La mise en place d’un fond de mutualisation qui assure le risque d’impayés pourrait réduire ces dysfonctionnements. Pour éviter le problème d’aléa moral, le marché pourrait être segmenté entre le fond mutualisé, les locataires solvables et l’État par exemple.

Commentaire d’Etienne Wasmer vis-à-vis de deux propositions de réformes :

1. L’accession à la propriété n’a pas d’effet sur la mobilité des gens lorsque le marché du logement est fluide. Par contre, lorsque le marché du logement connait des dysfonctionnements, l’accession à la propriété peut avoir un effet sur la mobilité géographique.
2. Faut-il permettre à l’État de prendre en charge les mois de cautions ? Non, car il y a un risque d’une dérive du système, l’Etat prenant en charge les mauvais risques et pourrait perdre beaucoup d’argent.

Capital Social

Trois questions sont souvent utilisées dans la littérature pour mesurer le capital social.

1. Quelle est la part de la population qui parle à ses voisins ?

Pays où elle est la plus forte : Grèce, Espagne, Portugal, Irlande et Italie.
Pays où elle est la plus faible : Pays-Bas, Royaume-Uni

Ces différences dépendant notamment du fait d’habiter dans des maisons individuelles ou des appartements.

1. Quelle est la fréquence des contacts avec les amis et la famille ?

Pays où elle est la plus forte : Irlande, Espagne et Grèce
Pays où elle est la plus faible : Allemagne, Autriche et Belgique

2. Quelle est la part de la population qui est membre d’un club (ex: échecs, associations professionnelles, Rotary club…) ?

À partir des statistiques, on peut définir deux individus types. L’individu qui serait le moins mobile est un italien, marié, propriétaire, âgé de 36 à 45 ans. L’individu le plus mobile serait une hollandaise, célibataire, locataire, âgée de 26 à 35 ans.

Vrac :

Qu’est-ce que ça veut dire de vivre dans un monde de faible mobilité ? Les gens développement des caractéristiques pour faire face à cela.)

Éducation

Les travailleurs les plus éduqués sont aussi les plus mobiles en Europe. Cela n’est pas forcément vrai aux US. Une explication est que le coût psychologique de la mobilité est plus faible lorsqu’on s’est déjà déplacé pour étudier. Une implication est que le phénomène de sur-éducation par lequel les universités européennes formeraient trop de personnes qui ne trouvent pas d’emplois suffisamment qualifié a au moins un aspect positif, celui de fournir des travailleurs plus mobiles et donc plus susceptibles de profiter des opportunités d’emploi dans les régions en expansion. Voir Wasmer et al. (2005) sur ce point.

Conclusion

La mobilité est une assurance face aux chocs.

Bibliographie

* Cahier numéro 27 de l’association En temps réel : Pour une réforme radicale du droit du logement : une analyse économique

* Wasmer, E., P. Fredriksson, A. Lamo, J. Messina and G. Peri., (2005), ‘The Macroeconomics of Education’, in Human Capital in Europe, a report of the Fondazione R. DeBenedetti, Oxford Univ. Press

Le compte rendu du café économique du 10 mai 2007 est également disponible en wiki pour être complété sur Wikipédia. Merci à Wikipédia France et à Pierre pour le compte rendu.

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Graph du jour : immigration et logement

mai 10, 2007

Rappel : le café économique,

c’est ce soir à 18h00

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En 1990, un tiers des immigrés vivaient dans l’agglomération parisienne et près des 2/3 dans des unités urbaines d’au moins 100 000 habitants. La quasi-totalité des immigrés d’origine portugaise vivent en régions parisienne ou bordelaise.

La notion de réseau n’explique cependant pas à elle seule les choix de localisation des migrants. La répartition géographique des immigrés en France est également le résultat de la localisation des bassins d’emplois. Elle est aussi liée aux possibilités de trouver un logement, possibilités qui dépendent de la position sociale des demandeurs et de leur nationalité, conduisant à certaines formes de ségrégation (Lévy-Vroelant, 2004, p. 161).

Enfin, le plus ou moins bon accueil réservé aux populations immigrées par les ressortissants nationaux, influence fortement l’attractivité de certains territoires.

Le nombre de ménages étrangers ne disposant pas des éléments de confort ordinaires a diminué. En 1990 : 73 % des ménages immigrés disposent de logement « tout confort sanitaire » (baignoire ou douche, WC intérieurs et chauffage central) contre 76 % en moyenne. Pourtant, cette moyenne masque la situation plus précaire des étrangers originaires du Maghreb et principalement d’Algérie : 10,8 % de logements sans douche ni WC contre 3,8 % pour l’ensemble des ménages. Le surpeuplement touche 18% des logements en France mais frappe plus de 40 % des logements occupés par des Maghrébins, Africains et Turcs.

Graphique : Ménages « très mal logés », en fonction de la zone d’origine (en % des ménages très mal logés)

migration-logement.jpg

Notes : L’indice évaluant la qualité de l' »habitabilité » est calculé par l’auteur en combinant les caractéristiques d’équipement et d’occupation des logements.

Sources : Lévy-Vroelant, C. (2004), « Le logement des migrants en France du milieu du 19e siècle à nos jours« , Historiens et géographes, janvier 2004, n° 385, pages 147-165.


Rappel de la date du prochain café : c’est demain !!!

mai 9, 2007

Le prochain café économique aura lieu le jeudi 10 mai
au Manhattan (c’est ici) à partir de 18h00.

Le thème du débat : la mobilité géographique et le marché du travail !

L’invité du prochain café est Etienne Wasmer.

Pour plus de détails sur les axes du débat


Immigration en France : origines des immigrés et raisons de leur mobilité

mai 9, 2007

La mobilité géographique porte sur deux types de déplacement :

  • la mobilité des personnes à l’intérieur du territoire national. Il s’agit de personnes qui se déplacent d’un département vers un autre département pour des raisons d’études et d’emploi.
  • les flux migratoires entre les pays.

Notons que jusqu’en 1880, est comptabilisé comme « étranger » celui qui est né hors du département, et les migrations saisonnières et définitives sont confondues.

Le solde migratoire était nul ou faiblement négatif entre 1994 et 1998 : entre -3 500 personnes en 1994 et -18 500 en 1996 selon les estimations d’Eurostat. Entre 1999 et 2004 la France a enregistré un solde migratoire positif de 112 450 personnes par an en moyenne (Eurostat). En 2005, selon l’INSEE, le solde migratoire s’est élevé à 95 000 personnes, contre 105 000 en 2004.

En 1999, 3,26 millions d’étrangers et 4,31 millions d’immigrés ont été recensés en France, soit environ 2 millions de ménages (INSEE). Les immigrés représentent 7,4 % de la population totale, proportion qui reste stable depuis 25 ans (recensement de 1975).

Les origines migratoires en France

Les origines géographiques des migrants ont fortement évoluées au cours de 40 dernières années (cf. graphiques 1). La France reste la destination privilégiée des maghrébins. Leur poids a fortement augmenté, notamment au détriment des migrants d’origine italienne, espagnole puis portugaise. Plus récemment, on peut noter une augmentation des populations d’origine turque et chinoise. Pour l’année 1998, selon l’OCDE, les cinq premier pays d’origine des migrants étaient l’Algérie (14,6 %), le Maroc (13,8 %), la Turquie (5,8 %), la Chine (4,9 %) et la Tunisie (4,6 %).

En 1998, les étrangers originaires de l’UE15 représentaient 33,8 % de la population étrangère en France, soit 2 % de la population totale (Eurostat).

Les raisons de la migration

Les motivations de la migration ne sont pas uniquement liées au marché du travail.

Si l’on prend en compte les flux migratoires en provenance de l’Espace Economique Européen (UE15 plus Islande, Norvège et Lichtenstein) et de la Suisse, le nombre des demandes de permis de séjour, hors renouvellement, atteignait 216 589 en 2003 (176 207 en 1997) et les motifs se répartissaient comme suit : raisons professionnelles 15,7 % (30,5 % en 1997), regroupement familial 41,1 % (27,6 % en 1997) et étudiants et stagiaires 25,2 % (23,8 % en 1997).

Depuis 2003, à l’intérieur de l’UE15, les flux migratoires sont facilités par la liberté de circulation dont jouissent les ressortissants des Etats membres (articles 39 à 42 du traité instituant la Communauté Européenne). Ainsi, les ressortissants européens n’ont plus besoin d’effectuer une demande de permis de séjour.

Par conséquent, en 2005, le nombre de cartes de séjour délivrées en France métropolitaine était, hors renouvellements, de 164 234 (contre 118 750 en 1997). Les cartes de séjour délivrées pour regroupement familial représentaient la moitié de l’ensemble (31,7 % en 1967). Les autorisations de séjour délivrées aux « étudiants et stagiaires » correspondaient environ à 1/4 (20,7 % en 1997) et celles délivrées pour « raisons professionnelles » seulement 7 % (contre 28,2 %) en 1997). Les statuts de réfugiés ont représenté 7,2 % des autorisations de résidence en 2005 (3,3 % en 1997). Lire le reste de cette entrée »


Thèmes du prochain café économique : la mobilité géographique et le marché du travail

mai 7, 2007

Le prochain café économique aura lieu le jeudi 10 mai à 18 heures sur le thème de « la mobilité géographique et le marché du travail » avec Etienne Wasmer.

La discussion tournera autour de 4 thèmes :

  • Le premier thème de discussion porte sur les relations entre marché du logement et mobilité : le marché du logement favorise-t-il la mobilité ?
  • Le deuxième thème de discussion porte sur l’impact du capital social et des réseaux sur la mobilité.
  • Le troisième thème de discussion est centré sur les relations entre capital humain et éducation d’un côté, et mobilité de l’autre.
  • Le quatrième thème de discussion abordera la question plus complexe de l’impact de la mobilité sur l’emploi et le chômage.

Si vous avez des suggestions et des questions qui ne vous semblent pas abordées et qui vous tiennent à coeur, n’hésitez pas à nous les soumettre.


Graph du jour : la mobilité géographie

mai 4, 2007

En préparation du prochain café économique du 10 mai sur la mobilité géographique et le marché du travail avec Etienne Wasmer, voici deux graphiques extraits d’un article de recherche de Combes, P-P., Lafourcade M. et T. Mayer : 2005, « The Trade Creating Effects of Business and Social Networks: Evidence from France« , Journal of International Economics, 66:1-29.

Le graphique 1 présente la mobilité entre les départements pour la ville de Paris en fonction des réseaux de migrants : le nombre de personnes travaillant dans le même département de destination et qui sont nées dans le même département d’origine.

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Le graphique 2 présente la mobilité en fonction des métiers, toujours pour Paris : le nombre de métiers appartenants au même groupe d’activité économique dans les départements d’origine et de destination.

mobilite-04-05-07.jpg

Des graphiques pour les villes de Lyon et de Marseille sont également proposés par les auteurs dans l’article.

Si la proximité géographique est plus visible pour expliquer la mobilité des personnes au regard des réseaux de migrants, est-elle vraiment absente pour expliquer la mobilité en fonction des activités économiques ?

Les trois économistes montent que non.