Modes du soumission

avril 26, 2008

Le même jour, je me retrouve à lire un document de travail du NBER sur le mode de publication au Journal of International Economics, écrit par Ivan Cherkashin, Svetlana Demidova, Susumu Imai et Kala Krishna et un article écrit par Dewatripont et Tirole paru dans le Journal of Political Economy.

Du premier, il ressort que le fait d’envoyer un signal, via son CV en ligne par exemple, peut avoir un effet négatif dans la mesure où les auteurs montrent qu’en supprimant les 40% des papiers qui ont le moins de chance de publier – ceci étant établi sur la base de critère comme l’année de soutenance, l’institution d’appartenance ou encore le passé en matière de publications entre autres – la marge d’erreur serait seulement de 8% dans l’ensemble. Elle tombe même à 0% lorsque seuls les papiers à un auteur sont considérés. Il est intéressant de noter que le fait de ne retenir que le meilleur auteur pour les co-écritures ne change pas ceci. Intuitivement, il semblerait que co-écrire puisse permettre de passer au travers, malgré des critères faibles. Néanmoins, comme nous allons le voir, il est probable que ceux qui n’ont pas mis en ligne leur CV sont parmi ces 40%.

Le second papier, quant à lui, est un modèle théorique qui traite des modes de communication.

Il m’est venu l’idée d’un parallèle entre ces deux travaux. Dans le modèle théorique, nous trouvons un envoyeur et un receveur, il n’est ici pas nécessaire d’expliquer le parallèle. Le premier doit transmettre une information visant à inciter le second à mettre en œuvre une politique donnée. Celle-ci rapporte avec certitude un gain à l’envoyeur, mais pas pour le receveur qui peut soit y gagner, soit y perdre, d’où l’importance de l’information qu’envoie le premier.

Plusieurs jeux sont considérés. Tout d’abord, l’envoyeur ne connaît pas la rémunération associée à la politique qu’il souhaite voir mise en œuvre. Puis il la connaît. Ensuite, ils envisagent la possibilité d’envoyer ce qu’ils nomment un « cue message», venant compléter les « issue relevant messages ». Le premier a pour vocation d’informer le receveur de la crédibilité de l’envoyeur. Dès lors qu’un tel message existe, il est optimal pour le receveur de le considérer en premier, avant d’observer l’information.

Ainsi, et tous ceux qui ont eu l’occasion de faire des rapports le confirmeront, il est préférable de lire le CV du ou des auteurs avant de commencer à lire le papier soumis.

Ce dernier jeu se place dans l’hypothèse que l’envoyeur ignore le gain du receveur. Techniquement, cela semble crédible. Le fait de soumettre un papier signale tout de moins que l’auteur juge son travail de bonne qualité. Ainsi, le fait de le publier apporterait évidemment un gain positif pour l’auteur. En revanche, il n’a pas forcément idée de ce que l’éditeur gagnerait ou perdrait à le publier, cela dépendant de la qualité de la revue et des retombées suite à la publication, en matière de citations par exemple, ce qui n’est pas maîtrisable.

Donc le CV a une importance très grande. Plus l’auteur est « capé », plus l’appréciation de son travail est proche de celle qu’en ferait l’éditeur d’une bonne revue. Ceci pourrait être l’expression de la congruence définie par Dewatripont et Tirole comme l’intérêt commun entre les deux joueurs. Plus celle-ci est grande, plus la probabilité que le gain soit positif pour le receveur l’est également. La congruence va alors accroître le gain du receveur directement, le fait de savoir que l’auteur est connu renforce la probabilité d’un bon choix de l’éditeur/referee, et indirectement via l’effort de l’envoyeur, ce dernier sachant qu’il a de bonnes chances de publier va fournir l’effort nécessaire afin d’être certain que l’information (la qualité du papier) soit comprise.

Le « cue » fonctionne de façon dichotomique en matière d’effort dans le modèle du JPE. A nouveau, le parallèle semble fonctionner puisque si l’auteur met son CV et que l’éditeur/referee le googlelize, alors le signal sera communiqué. Sans ces deux actes combinés, le signal est pratiquement imperceptible.

Le résultat de ce jeu est alors que, si le signal « cue » apporte de mauvaises nouvelles, alors il évacue la communication de l’autre car le receveur ne fera aucun effort. Donc vous êtes rejetés par l’éditeur par exemple. Si le signal « cue » véhicule de bonnes informations, sans que la congruence soit suffisante, alors les deux modes de communication coexistent, les deux font un effort afin que l’information soit transmise et assimilée : c’est la qualité du papier que l’on cherche à apprécier. Enfin, si le signal « cue » apporte des bonnes informations et que la congruence est grande, alors pas de communication de l’information, vous acceptés sans révision. Donc tout se passe, pour la plupart d’entre nous, dans la deuxième catégorie.

Ici, l’effort que vous faites pour être compris est crucial, car il pèse sur l’effort que fera le receveur (éditeur/referee) pour vous comprendre. En effet, dans le papier de Dawatripont et Tirole, ces efforts sont des compléments. Plus l’envoyeur fait d’effort, plus cela pousse le receveur à en faire. Il semble clair que pour la compréhension d’un papier, nous sommes dans une situation comparable. Une bonne introduction incitera certainement l’éditeur/referee à lire consciencieusement votre travail. Pour nous français, cela souligne la nécessité d’une relecture par un anglais au préalable pour les revues anglo-saxonnes.

Un autre élément est que dès lors qu’envoyer le signal est peu cher, alors toute absence de celui-ci induira automatiquement que vous avez de mauvaises informations à cacher. Moralité, il est indispensable, à l’heure d’une soumission à une bonne revue, d’avoir au moins son CV à jour en ligne, sans quoi il est probable que vous ne passerez pas l’éditeur. En effet, le coût de nos jours pour mettre en ligne au moins son CV est quasi-nul.

Donc pour que le receveur/editeur choisisse la politique (publier votre travail), il faut que vous envoyiez un signal (CV en ligne) suffisamment bon. La congruence doit être bonne, celle-ci étant liée à vos précédentes publications, à vos références, votre institution etc. Enfin, l’effort que vous fournissez est d’une grande importance. Il est clair qu’une bonne introduction avec une problématique séduisante et un résultat clair et novateur sont autant d’atouts qui vont inciter l’éditeur/referee à jauger votre travail. Ensuite, il faut toutefois que le papier soit au niveau, une l’information assimilée.

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Chroniques et billets d’humeur – Economie et milieu naturel : la gestion des stocks de ressources, la polémique sur l’anchois…

août 2, 2007

Après quelques semaines d’absence pour cause d’activité professionnelle importante, je reviens animer le blog des cafés économiques. J’en profite pour revenir sur les discussion que j’ai eu avec Aureliano Buendia au sujet de l’économie et de l’environnement concernant ses articles sur les externalités : ici et .

Avant de revenir sur la question des rejets et des effets externes, je commencerai par un sujet d’actualité de la seconde 15aine de juillet sur les quotas de pêche à l’anchois…

Bref rappel de l’histoire sur l’interdiction de la pêche de l’anchois dans le Golfe de Gascogne.

Outre le fait que l’anchois est un poisson avec des poils ;-), mi-juillet, des pécheurs des Sables d’Olonne (Vendée), de Saint-Gilles-Croix de-Vie (Vendée) et de La Turballe (Loire-Atlantique) se mobilisent afin d’obtenir un quota de 3000 à 4000 tonnes d’anchois, alors que la Commission européenne avait décidé de ne pas rouvrir la pêche à l’anchois dans le Golfe de Gascogne.

« En juillet 2005, la pêche avait été suspendue lorsque la Commission avait constaté que la situation biologique du stock avait atteint le seuil critique de 15000 tonnes alors que le quota de pêche prévu pour l’année était de 30000 tonnes ». (Coulisses de Bruxelles, UE par Jean Quatremer).

Les stocks actuels estimés sont de 30000 tonnes contre 18000 il y a un an. Le mercredi 18 juillet, la Commission annonce un maintien de l’interdiction afin de préserver la ressource.

Michel Barnier, Ministre de l’agriculture (et accessoirement ancien commissaire européen !) stigmatise Bruxelles et annonce alors qu’il va défendre le cas des pêcheurs français afin d’obtenir un quota de pêche pour les 3 mois d’été, jugeant que le risque d’extinction des anchois était faible par rapport au risque d’extinction de la filière pêche en France.

Bon nombre de media lui emboîtent le pas sans plus de discernement (par exemples Le Monde ou TF1

Ainsi, comme sur le blog des cafés économiques nous traitons d’économie, je vais m’employer dans le présent article et dans des articles à suivre à examiner les rapports que l’économie et le milieu naturel peuvent entretiennent, n’étant pas précisément un économiste de l’environnement.

Dans les relations entre économie et milieu naturel, la question des anchois concerne la gestion d’une ressource (j’aborderai la question du traitement des rejets en économie dans de prochains posts).

Par conséquent, que dit l’économie au sujet des stocks de ressources ? Pourquoi Michel Barnier monte au créneau ou que Jean-Louis Borloo, numéro 2 du gouvernement en charge de l’environnement, ou Nicolas Hulot jusqu là su bavard ne disent rien ?

La gestion des prélèvements d’une ressource

Les richesses naturelles sont considérées comme des stocks de richesses productives à gérer dans le temps. L’évolution temporelle d’une ressource est données par :

où St est le stock de ressources à la période t et St+1 à la période suivante ; N+t les apports naturels en t ; Nt les pertes naturels en t ; H+t les apports économiques en t ; et Ht les prélèvements économiques en t.

  • Une ressource est reproductible si les apports économiques sont supérieurs aux prélèvements économiques (sinon elle est non reproductible).
  • Une ressource naturelle est renouvelable si les apports naturels sont supérieurs aux pertes naturelles.
  • Une ressource est épuisable si les prélèvements économiques et les pertes naturelles sont supérieurs aux apports économiques et naturels, ce qui était le cas de l’anchois.

Le problème de manque d’incitation à préserver la ressource

Meade ou Coase soulignent qu’un mauvais partage des droits de propriété, ou une absence de droits, aboutit à une surexploitation de la ressource. Chaque agent a intérêt à tirer le maximum de la ressource s’il ne veut pas que les autres le fassent à son détriment. Pour ces économistes, l’appropriation privée conduirait chaque agent à se préoccuper de la pérennité de la ressource.

Pourtant, il paraît difficile de déterminer des doits de propriété sur les poissons de mer. Une première solution pourrait consister dans la formation d’un monopole national, ce qui inciterait effectivement ce pêcheur à tenir compte de l’épuisement de la ressource.

Mais se pose alors le problème de frontières. Ainsi les pêcheurs français s’en prennent-ils aux pécheurs espagnols : « le comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) « s’interroge sur les réelles intentions de la Commission européenne et se – demande si cette dernière n’est pas en train de déployer une stratégie d’éradication de la flotte française au profit d’une flotte espagnole qui », dénonce-t-il, dispose d’une flotte « en surcapacité de pêche, dépasse ses propres quotas, triche en pêchant du poisson sous taille et menace la pérennité de certains stocks ». » (L’Humanité du 21 juillet 2007)

De plus, la solution de la définition de droits privés pose le problème d’une réduction de la gestion de biens collectifs à une logique d’intérêts individuels ignorant les niveaux d’organisation et les conflits.

Un problème d’ajustement du prix

Théoriquement, l’offre, la demande et le prix devraient s’ajuster avec la raréfaction de la ressource. L’épuisement devrait faire augmenter le prix, réduire la demande et en même temps rendre possible des substitutions, soit une modification des achats alimentaires dans le cas de l’anchois.

S’il s’agissait du pétrole, la raréfaction de la ressource conduirait :

  • à l’augmentation du prix du pétrole,
  • à rendre rentable des gisements jusque là non rentables,
  • à rendre les énergies alternatives relativement meilleur marché,
  • à faire baisser la demande de pétrole et à inciter à des économies d’énergie.

Toutefois, d’autres facteurs économiques tels que la croissance économie des pays émergeants ou les mécanismes de couvertures sur les marchés à termes et sur les marchés d’options peuvent limiter la baisse de la demande ou l’influencer à la hausse.

De toute façon, dans le cas des anchois, chaque pêcheur a intérêt à exploiter le maximum de la ressource dans le délai le plus bref au risque de voir les autres pêcheurs le faire, conduisant à la disparition de l’espèce. La mise en place de quotas s’avère par conséquent la solution la mieux à même de la préserver.

La solution des quotas et absence de mutualisation des risques en France

Ainsi, afin de préserver la ressource dans une situation où plusieurs acteurs ont accès à cette ressource, une autorité de régulation met en place des quotas de quantités de ressources prélevées.

Mais les pêcheurs français sont contraints de rentabiliser les lourds investissements qu’ils ont réalisés. Même si leur outil productif leur a permis de diversifier leur pêche, la réduction des quantités qu’ils sont autorisés à prélever les place dans une situation financière difficile. Ceci explique la réaction de Michel Barnier, qu’elle soit sincère ou de façade.

Alors pourquoi alors les pêcheurs espagnols ne contestent pas les quotas imposés ? Soit, ils bénéficient de quotas plus élevés qu’en France, mais l’Espagne est un pays de tradition de pêche, dont l’anchois, contrairement à la France. Mais c’est surtout parce que les pêcheurs espagnols se sont dotés d’un système de mutualisation des risques permettant d’amortir les fluctuations liées aux plus ou moins grands rationnements d’accès à la ressource, contrairement aux pêcheurs français.

Ainsi, plutôt que de stigmatiser la Commission ou de faire appel à des aides exceptionnelles, ce faudrait-il pas penser la mise en place de mécanismes d’assurance contre ces risques ? On rejoint ici l’idée soulevée par Jean-Louis Guerin sur les retraites : la mise en place de systèmes de couverture dans les métiers plus à risque.


Paru sur un autre blog : le débat sur le contrat de travail unique…

juin 27, 2007

Suite au dernier café économique sur le contrat de travail unique avec Gilbert Cette, je signale un article sur ce débat sur AgoraVox aujourd’hui : « Faut-il fusionner CDD et CDI en un contrat unique« .

Le compte rendu du dernier café est ici et les photos !


La République des blogs

juin 27, 2007

Ce soir, mercredi 27 juin 2007, je serai à la dernière République des blogs avant les vacances.


à partir de 19 heures
au café le pavillon Baltard…

Le Pavillon Baltard : 9, rue Coquillère, Paris 1er.
C’est juste derrière la Bourse du Commerce, quasiment à l’angle avec la rue du Louvre. Métros Les Halles ou Louvre Rivoli.

C’est un bon moyen pour les blogueurs de se rencontrer, d’échanger, de monter des projets… pour moi, entre autre de parler de mon blog d’économie, des Cafés économiques, et de boire des coups !

Aux républiques précédentes, j’ai pu y croiser Aureliano Buendia, Bertrand CAP21 Normandie, Carlo Revelli, Casabaldi, Claire Grande Question et FAQ pour les hommes libres, Charlie, Corinne Lepage, Eco no myth, Hugo d’Isegoria et Regard sur…, José, Laurent Guerby, Nicolas Marandon, Quitterie Delmas, Rémi, Seb, SoAnn… et j’en oublie beaucoup.


Compte rendu du café économique du jeudi 14 juin, 20h à La Ménagerie : le contrat de travail unique…

juin 20, 2007

Compte-rendu par Emmanuel Pont de skav.org blogs éco et Wince des cafés économiques.

L’invité était Gibert Cette.

Le contrat de travail unique relève à la fois de l’économie et du droit social. On peut pourtant être frappé par le contraste de ses appréciations : une approbation quasi unanime des économistes, et une désapprobation tout aussi forte des juristes du travail.

Gilbert Cette a basé son intervention sur le rapport qu’il a rédigé avec Jacques Barthélémy et Pierre-Yves Verkindt pour le Conseil d’orientation pour l’emploi : “Contrat de travail, sécurisation des parcours professionnels et efficacité économique“.

Pour les auteurs de ce rapport, qui ont pris soin de réunir ces différentes cultures, le contrat de travail unique répond assez mal aux objectifs qu’il se donne, alors qu’il présente un risque fort de judiciarisation et privilégie une approche réglementaire des relations sociales, ne permettant pas de négociations au sein des entreprises. Gilbert Cette se propose d’analyser le contrat selon cet angle, et de présenter d’autres solutions axées principalement sur la négociation.

Les 2 plus influents rapports d’économistes sur la question sont les suivants :

L’écueil du contrat unique, tel qu’il sera développé lors de cette soirée, est le développement d’un arsenal juridique excessif, assorti d’une confiance trop forte dans le contrat de travail par rapport à la faiblesse du dialogue social et de la syndicalisation.

Comment moderniser le droit du travail malgré ce risque ? Notre règlementation nationale pléthorique est largement critiquée, mais la réduire diminuerait aussi la protection des salariés, qui reste la raison d’être principale de ce droit. La solution est une plus grande ouverture au droit dérogatoire : réduire le cadre réglementaire général et offrir une vraie marge de manœuvre pour développer les conventions et accords collectifs.

Les objectifs couramment avancés pour le contrat unique, qui seront repris au cours de l’exposé, sont les suivants :

  • (1) réduire les inégalités de statut entre CDD et CDI,
  • (2) réduire la complexité du code et le coût des incertitudes de la judiciarisation,
  • (3) internaliser le coût social des licenciements, responsabiliser les entreprises.

1) réduire les inégalités de statut entre CDD et CDI.

La principale inégalité en France reste entre le privé et le public, qui représente 21% de l’emploi alors que les CDD, Intérim et apprentissages ne comptent que pour 9%. Le CDD ne s’élève qu’à 4%, mais la population touchée par les contrats précaires est plus importante que la mesure d’emploi en raison de la rotation. Le contrat de travail unique ne résoudrait pas la question des intérimaires. Il faut surtout noter que le CDD répond à des besoins légitimes des entreprises et des salariés. Le problème est posé par les CDD « abusifs », détruisant du capital humain, ce qui est très difficile à mesurer ou juger. Les indemnisations de chômage liées aux contrats précaires s’élèvent à 7 milliards d’euros par an (sur 30 milliards de budget de l’UNEDIC), pour seulement 1 milliard de cotisations associées. Quelle part peut être mise au compte de la solidarité, et combien pour les abus ? Il n’y a pas de réponse générale.

Gilbert Cette préconise de garder les deux statuts, car on a besoin de CDD. La piste la plus intéressante est celle d’une prime de précarité plus élevée, dont le niveau doit être étudié soigneusement par rapport à la prime de licenciement des CDI. Ce mécanisme serait analogue à la prime de licenciement du rapport Cahuc-Kramarz. L’enjeu est la difficulté de définir légalement le bon et mauvais usage sans produire un arsenal juridique excessif. A la place une taxe permet d’internaliser le coût de la précarité. Elle doit impérativement pouvoir être modulée par accord collectif majoritaire, seul niveau auquel il est possible de juger de la nature abusive ou non du travail. Restent les risques de collusion liés à cette rente financière.

2) réduire la complexité du code et le coût des incertitudes de la judiciarisation

La judiciarisation est le nœud du problème. Si le contrat unique permettrait d’en finir avec la prolifération des contrats (30 différents), il augmenterait finalement le risque. D’après la convention 158 de l’OIT, tout licenciement doit être motivé. Ainsi la possibilité de contestation reste ouverte, avec une prescription de 30 ans en France. Cette contestation passe par le recours aux prud’hommes, constitués de juges non professionnels, avec un délai et un aléa de jugement très forts : le juge est libre d’apprécier le préjudice, sans aucun encadrement.

Au contraire le CDD limite ce risque, son statut est défini clairement et sa fin n’ouvre à contestation que dans des cas exceptionnels.

Toute solution doit viser à réduire le délai et l’aléa juridique. L’orientation préconisée est celle d’arbitres professionnels désignés par accord collectif majoritaire (mais pas forcément pour les procédures d’appel). Ainsi le juge est professionnel, payé par l’entreprise mais choisi collectivement, et la procédure va vite. Au Pays-Bas ce dispositif a été mis en place pour un avis consultatif seulement : en cas de contestation l’affaire passe en cour. A l’usage l’arbitre a presque pris le pouvoir de décision, car tous les recours ont abouti au même avis que l’arbitre.

La principale raison avancée par les partisans du contrat unique est l’efficacité économique d’une plus grande fluidité du marché du travail. Pour Gilbert Cette le principal obstacle à la fluidité, qui reste un objectif à poursuivre par ailleurs, est justement l’aléa juridique.

Des affaires comme « Majorette » ont pu faire dire à des économistes que le juge n’a pas la compétence à juger de licenciements économiques (pourtant il est libre de faire appel à toute expertise requise). Ce risque, en l’occurrence devoir réintégrer des salariés et payer les années manquantes, est un risque énorme pour les entreprises, qui pourrait être amplifié par l’incertitude juridique sur des contrats comme le CNE. Le contrat unique, en étendant les possibilités de contestation, amplifierait nettement ce risque. Le rapport suggère donc de réduire la durée de prescription, et même de lier la perception de la prime de licenciement à l’abandon de la prescription (ce qui pose des difficultés d’ordre légal).

3) internaliser le coût social des licenciements, responsabiliser les entreprises

Sur la sécurisation des parcours professionnels il y a peu à redire au rapport Cahuc-Kramarz : le prime de licenciement croissante avec l’ancienneté mais moins que proportionnellement est un bon principe. La contribution de solidarité doit prendre en compte à la fois l’ancienneté et le coût de reclassement.

Est posée la question des problèmes pour les consommateurs, notamment l’accès au logement ou au crédit pour les titulaires de contrats « précaires ». Gilbert Cette répond qu’ils seraient mieux traités par des politiques spécifiques que par le contrat unique, et qu’il vaut mieux dans ce cas éviter de mélanger les problèmes.

Est posée la question des seuils de tailles d’entreprises, qui ont des effets observés importants. Une solution proposée est que les reclassements n’affectent pas les effets de seuil, et remplacer l’obligation de reclassement par une obligation financière, permettant de transférer le reclassement à des professionnels.

Est posée la question des démissions : on a peu de visibilité sur leurs conditions, il y a peu de recours, mais une prescription de 30 ans qui pose un risque. Elle peut s’expliquer par exemple dans le cas des « entreprises qui se connaissent », où l’on handicape fortement ses possibilités de réembauche dans le même secteur en contestant des démissions forcées ou à la suite de harcèlement.

Est remarqué que la théorie des contrats préconise justement de les moduler selon les besoins et circonstances pour limiter les comportements opportunistes des acteurs.

Est posée la question de la difficulté pour certains employeurs à garder leurs salariés. Elle reste ouverte dans l’état actuel du débat public.

En conclusion Gilbert Cette rappelle que les questions de contrat de travail portent à la fois sur l’économie et le droit social, et qu’il est dommage qu’on n’invoque souvent qu’un seul côté. Malgré l’importance des considérations d’efficacité économique il ne faut pas oublier les droits fondamentaux et le droit international.

Le compte rendu est également disponible en fichier texte sur le blog Slav.org blogs éco.


Un compte rendu du café économique d’hier sous le grand angle des potins !!!

juin 15, 2007

En attendant le compte rendu du café économique d’hier sur le contrat de travail unique avec Gilbert Cette, voici un petit compte rendu sous forme de billet d’humeur…

Tout d’abord un grand grand merci à l’invité qui a fait un exposé à la fois intéressant et suscitant le débat parmi les gens présents.

Nous étions une 30aine, d’horizons très divers. Parmi les personnes qui sont venues, j’ai eu un grand plaisir à discuter et rencontrer quelques blogueurs connus et moins connus de la blogosphère : Chuck Norris dans ta face, Casabaldi (arrivé sur la fin !), Grande question, Pierre de Wikipédia, SocialisTIC, Une nouvelle ère s’annonce…… Et quelques animateurs de blogs économiques que j’ai eu la joie de voir ou de revoir :

  • Laurent Guerby dont les commentaires sur le blog des cafés économiques comme sur les autres blogs économiques viennent enrichir nos discussions, en plus de son propre blog,
  • Olivier Bouba-Olga, dont j’apprécie de lire le blog à la fois pour son contenu et le ton qu’il utilise. J’ai apprécié de faire sa connaissance, car au-delà de venir de la même région, j’ai pu m’acquitter de la bière que je lui devais pour avoir écorché son nom ! Je le remercie également pour être resté après le café (économique) et avoir subi la discussion un peu fin de café (du commerce) qui a suivi !! 😉
  • Skav et son agrégateur de blogs économiques fort utile pour parcourir rapidement l’ensemble des informations présentes sur les blogs économiques.

Je suis désolé si j’oublie des blogueurs présents.

Pour finir, quelques images du café…

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Gilbert Cette.

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Gilbert Cette.

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J’ai eu un peu de difficulté à introduire le café !!!

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Olivier Bouba-Olga.

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Des participants au café et un animateur du café

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D’autres participants au café et d’autres animateurs du café

Un grand merci à Grande question pour les photos d’hier !


Le Manhattan change de nom : il devient la ménagerie…

juin 14, 2007

Le prochain café économique :

c’est aujourd’hui à 20h !

Mais le Manhattan vient de changer de nom. Le café s’appelle maintenant la Ménagerie.

Mais c’est toujours le même café au même endroit : ici et pour un plan !